Oncologie

Cancer du sein : qui décide de l'ordre du traitement

Mammographie en noir et blanc montrant un tissu mammaire dense avec des zones claires et sombres sur fond noir
Sommaire
  1. Pourquoi il s'agit d'un scénario de raisonnement
  2. L'équipe qui décide de la séquence
  3. Le premier indice : le type de la tumeur
  4. Le deuxième indice : la génétique avant la chirurgie
  5. Le troisième indice : reconstruction et radiothérapie ensemble
  6. Le quatrième indice : les préférences de la patiente
  7. Risques et erreurs de raisonnement
  8. Rééducation : lymphœdème, épaule et exercice
  9. Comment NEXO aide à entraîner ce raisonnement
  10. Questions fréquentes
  11. Checklist finale
  12. Références

Une femme de 36 ans palpe un nodule au sein gauche. La biopsie montre un carcinome invasif de 3 cm, sans récepteurs hormonaux et sans HER2, dit triple négatif. La ponction d'un ganglion de l'aisselle confirme aussi le cancer. Sa mère a eu un cancer de l'ovaire à 50 ans. Lors de la première consultation, le chirurgien propose une mastectomie avec implant la semaine suivante. Personne n'a demandé le test génétique, et la patiente ne sait pas qu'il existe l'option de commencer par le traitement systémique. Elle demande si elle pourra avoir une reconstruction et si elle pourra encore avoir des enfants. La scène est fictive et a été écrite pour l'enseignement.

Ce texte utilise le tableau comme scénario de raisonnement clinique pour les étudiants et les professionnels de santé. La question centrale est de savoir qui décide de l'ordre du traitement dans le cancer du sein, et pourquoi cet ordre ne doit pas dépendre de la personne qui reçoit la patiente en premier. La réponse passe par quatre indices : le type de la tumeur, la génétique, la reconstruction avec la radiothérapie et les préférences de la patiente. Si vous jouez le cas du jour dans NEXO, vous reconnaîtrez la logique : chaque nouvel indice modifie le poids des précédents.

Points principaux

  • Dans le cancer du sein, l'ordre des étapes est une décision clinique, et non une routine fixe.
  • Les tumeurs triple négatives ou HER2 positives, plus grandes ou avec atteinte axillaire, commencent souvent par le traitement systémique.
  • Le résultat génétique avant la chirurgie modifie le choix chirurgical et peut ouvrir des options de traitement ensuite.
  • La réponse au traitement néoadjuvant définit le traitement après la chirurgie.
  • La radiothérapie et la reconstruction doivent être planifiées ensemble.
  • Les préférences de la patiente font partie de la décision, et non d'une étape finale.

Pourquoi il s'agit d'un scénario de raisonnement

Le cancer du sein au stade initial comporte plusieurs étapes qui peuvent se dérouler dans des ordres différents : chirurgie, chimiothérapie, immunothérapie, thérapie ciblée, radiothérapie et reconstruction. Chaque ordre a des conséquences. La chirurgie réalisée en premier peut supprimer la possibilité d'évaluer la réponse au traitement. La reconstruction réalisée sans connaître la radiothérapie peut échouer. Le test génétique demandé après la chirurgie peut arriver trop tard pour modifier le choix chirurgical.

Ce que la scène enseigne

La scène montre une proposition raisonnable vue d'un seul endroit. Opérer rapidement semble résoudre le problème. Mais la tumeur a une taille et une atteinte axillaire qui, dans des études importantes, ont conduit au traitement avant la chirurgie. L'histoire familiale suggère une possible variante génétique. Et la patiente a des questions qui modifient le plan : reconstruction et fertilité. Le raisonnement demande de se demander, avant de programmer un quelconque geste, quelle information manque encore et qui doit participer à la décision.

Ce qui n'est pas en jeu

Le texte ne détaille pas les schémas de chimiothérapie, les techniques chirurgicales ou les techniques de radiothérapie. Il ne traite pas non plus du cancer du sein métastatique ni du dépistage. L'accent est mis sur l'ordre des décisions au début de la prise en charge. La conduite de chaque patiente suit le protocole du service et la décision de l'équipe.

L'équipe qui décide de la séquence

Dans le cancer du sein, l'équipe réunit généralement un mastologue ou chirurgien du sein, un oncologue médical, un radiothérapeute, un radiologue, un pathologiste, un chirurgien plasticien, un généticien ou conseiller génétique et l'équipe infirmière. Dans certains services, la psychologie et des spécialistes de la fertilité participent aussi.

La place du chirurgien plasticien

Une enquête japonaise portant sur 429 établissements a montré que 72,5 pour cent proposaient une reconstruction et que 61,7 pour cent pouvaient réaliser une reconstruction immédiate. Des réunions multidisciplinaires avec des chirurgiens plasticiens avaient lieu dans 70,5 pour cent des établissements (Shien et collaborateurs, 2025). Les auteurs citent comme obstacles le manque de chirurgiens plasticiens, des idées fausses sur l'effet de la reconstruction sur le pronostic et des difficultés pratiques de collaboration entre les équipes. Quand le chirurgien plasticien n'est pas à la réunion, la reconstruction tend à être décidée tard.

Pourquoi l'ordre d'arrivée trompe

La patiente consulte souvent d'abord le chirurgien, et le premier spécialiste tend à proposer ce qu'il sait faire. Ce n'est pas un manque de soin, mais un biais courant dans n'importe quel domaine. L'équipe multidisciplinaire existe pour que la question "qu'est-ce qui vient en premier ?" soit tranchée par tous ceux qui seront concernés par la réponse. C'est le même principe que le raisonnement clinique interprofessionnel.

Le premier indice : le type de la tumeur

Le type biologique de la tumeur est le premier indice pour l'ordre du traitement. Une tumeur triple négative de 3 cm avec atteinte axillaire se comporte très différemment d'une petite tumeur avec récepteurs hormonaux.

Image d'anatomopathologie d'un carcinome canalaire infiltrant du sein, avec coupe macroscopique de la tumeur et aspect au microscope
Carcinome canalaire infiltrant du sein. Le compte rendu de biopsie, avec récepteurs hormonaux et HER2, est le premier indice pour décider si le traitement commence par la chirurgie ou par le traitement systémique. Photo : Auteur inconnu, Wikimedia Commons, Wikimedia Commons, domaine public.

L'étude KEYNOTE-522

Le KEYNOTE-522 a inclus 1174 patientes atteintes d'un cancer du sein triple négatif initial à haut risque, défini comme une tumeur de plus de 1 cm et jusqu'à 2 cm avec ganglion envahi, ou une tumeur de plus de 2 cm avec ou sans ganglion envahi. Les patientes ont été réparties au hasard pour recevoir du pembrolizumab ou un placebo avec chimiothérapie avant la chirurgie, suivi de pembrolizumab ou de placebo ensuite. La réponse pathologique complète, c'est-à-dire l'absence de cancer invasif dans le sein et les ganglions à la chirurgie, a été de 63,0 pour cent contre 55,6 pour cent. La survie sans événement et la survie globale ont aussi été meilleures, avec des rapports de risque de 0,63 et 0,66 (notice du Keytruda, FDA, 2026).

Le schéma et la dose

Selon la notice, le pembrolizumab est utilisé à la dose de 200 mg toutes les 3 semaines ou 400 mg toutes les 6 semaines, avec chimiothérapie pendant 24 semaines avant la chirurgie, puis seul pendant jusqu'à 27 semaines (notice du Keytruda, FDA, 2026). La notice rappelle aussi que des événements indésirables graves sont survenus chez 44 pour cent des patientes ayant reçu du pembrolizumab dans l'étude, et que le médicament a été suspendu pour événement indésirable chez 20 pour cent. Ces chiffres doivent faire partie de la conversation avec la patiente.

Ce que cela change dans la scène

La patiente de la scène a une tumeur de 3 cm et une atteinte axillaire, le profil inclus dans le KEYNOTE-522. Opérer d'abord supprimerait la possibilité de savoir comment la tumeur répond, une information qui change le traitement ensuite. Une analyse des 76 participantes du Japon dans l'étude a trouvé une réponse pathologique complète chez 53 pour cent avec pembrolizumab et chez 48 pour cent avec placebo (Takahashi et collaborateurs, 2026). Le sous-groupe est petit, mais il montre que la réponse varie et doit être mesurée.

HER2 positif et maladie résiduelle

Le même raisonnement vaut pour les tumeurs HER2 positives. Selon le résumé d'une étude française, l'étude KATHERINE a montré une réduction de 50 pour cent du risque de rechute ou de décès avec le trastuzumab emtansine, par rapport au trastuzumab, chez des patientes avec maladie résiduelle après le traitement néoadjuvant. Dans l'étude de l'Institut Curie, avec des patientes traitées hors essais cliniques, une réduction de dose a été nécessaire chez 33 pour cent, principalement pour neuropathie périphérique (De Moura et collaborateurs, 2025). La leçon est la même : la chirurgie après le traitement systémique montre s'il y a eu une maladie résiduelle, et cette donnée guide l'étape suivante.

Le deuxième indice : la génétique avant la chirurgie

L'antécédent de cancer de l'ovaire chez la mère et l'âge de la patiente suggèrent un possible variant pathogène dans BRCA1 ou BRCA2. Le savoir avant la chirurgie change deux décisions.

Le test avant ou après change le choix

Une étude portant sur 633 femmes noires des États-Unis diagnostiquées d'un cancer du sein avant 50 ans a comparé le moment du test génétique. Parmi les porteuses d'un variant dans BRCA testées avant la chirurgie, 82,8 pour cent ont eu une mastectomie bilatérale, contre 40 pour cent de celles testées après (Roberson et collaborateurs, 2025). Les auteurs rappellent que les recommandations américaines préconisent le test pour celles qui ont un diagnostic avant 50 ans ou une tumeur triple négative, et que les raisons de ne pas tester incluent l'absence d'indication par le médecin et la méconnaissance des critères.

Ce qu'un test à temps peut apporter

Une étude danoise portant sur des porteuses de variants des gènes BRCA1 et BRCA2 a montré que les porteuses de BRCA1 ont plus souvent eu recours à une mastectomie controlatérale de réduction du risque que celles de BRCA2, 66 pour cent contre 52 pour cent, et qu'elles ont plus souvent reçu le test dans les 6 mois suivant le diagnostic. La mastectomie controlatérale était associée à une meilleure survie sans récidive à distance et à une meilleure survie globale (Kostov et collaborateurs, 2025). Les auteurs reconnaissent un possible biais de sélection, car les femmes en meilleure santé peuvent choisir ou recevoir cette recommandation plus souvent.

Le résultat incertain

Le test génétique ne donne pas toujours une réponse claire. Une étude turque portant sur 203 patientes avec des résultats modifiés de BRCA a comparé 107 porteuses de variant pathogène et 96 porteuses de variant de signification incertaine. La mastectomie bilatérale était bien plus fréquente chez les porteuses de variant pathogène, 67 pour cent contre 12 pour cent (Ökten et collaborateurs, 2026). Un variant de signification incertaine ne doit pas être traité comme un variant pathogène, et expliquer cette différence fait partie du conseil génétique.

La famille entre aussi en ligne de compte

Le résultat génétique ne concerne pas seulement la patiente. Une étude mexicaine portant sur 246 porteuses de variants pathogènes liés au cancer du sein a montré que presque toutes, 98 pour cent, ont déclaré avoir partagé le résultat avec leur famille, et que le test en cascade des apparentés a commencé dans 63 pour cent des familles. Lorsqu'elle était recommandée, la mastectomie bilatérale de réduction du risque a été réalisée par 37 pour cent, et l'ablation des ovaires et des trompes par 48 pour cent. Les obstacles cités étaient des contraintes financières dans 67 pour cent, l'absence de recommandation du médecin dans 35 pour cent et la peur dans 24 pour cent (Mesa-Chavez et collaborateurs, 2024). Les auteurs signalent aussi le manque de spécialistes en génétique du cancer et de prise en charge du test. L'équipe doit penser non seulement au test, mais au parcours qui suit.

La génétique change aussi le traitement par la suite

L'étude OlympiA a randomisé 1836 patientes atteintes d'un cancer du sein HER2 négatif à haut risque et porteuses d'un variant germinal de BRCA1 ou BRCA2 pour recevoir de l'olaparib ou un placebo pendant 1 an, après la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie néoadjuvante ou adjuvante (Tutt et collaborateurs, 2021). Dans l'analyse de survie globale, avec un suivi médian de 3,5 ans, le rapport de risque était de 0,68, et la survie sans maladie invasive à 4 ans était de 82,7 pour cent contre 75,4 pour cent (Geyer et collaborateurs, 2022). La notice de l'olaparib indique la dose de 300 mg par voie orale deux fois par jour (notice du Lynparza, FDA, 2025). Pour la patiente de la scène, connaître la génétique tôt aide à planifier la chirurgie et le traitement qui suit.

L'olaparib et la radiothérapie

OlympiA montre aussi combien l'ordre compte au sein même de l'étude. Les patientes devaient avoir terminé tout le traitement local, y compris la radiothérapie, entre 2 et 12 semaines avant d'entrer dans l'étude, car la radiothérapie interagit avec l'inhibition de PARP (Tutt et collaborateurs, 2021). En pratique, l'ordre était traitement systémique, chirurgie, radiothérapie et seulement ensuite olaparib. Quand l'équipe connaît la génétique tôt, elle peut planifier cet ordre dès la première réunion, au lieu de le découvrir en cours de route.

Le troisième indice : reconstruction et radiothérapie ensemble

La patiente a posé une question sur la reconstruction. La réponse dépend d'une autre question : aura-t-elle besoin d'une radiothérapie après la mastectomie ?

La radiothérapie change la reconstruction

Une revue systématique portant sur 11 études et 1628 reconstructions, réalisée pour la recommandation japonaise, a comparé la radiothérapie sur l'expandeur à la radiothérapie après l'échange par l'implant. Les complications graves étaient similaires, 29,1 pour cent contre 25,3 pour cent. L'échec de la reconstruction, en revanche, était plus élevé lorsque la radiothérapie était faite sur l'expandeur, 19,9 pour cent contre 11,8 pour cent, tandis que la contracture grave de la capsule était moindre (Ogita et collaborateurs, 2025). Il n'existe pas d'ordre parfait, mais il y a des compromis que la patiente doit connaître.

Comment les services gèrent cela

Dans l'enquête japonaise, environ 30 pour cent des établissements interrompaient la reconstruction immédiate si le ganglion sentinelle montrait une métastase pendant la chirurgie, et 62,8 pour cent évitaient de recommander une reconstruction immédiate lorsque la radiothérapie après la chirurgie était probable. Dans 94 pour cent des établissements, la reconstruction ne retardait pas la chimiothérapie adjuvante, mais 15 pour cent modifiaient la radiothérapie chez les patientes reconstruites (Shien et collaborateurs, 2025). Ces données montrent pourquoi le radiothérapeute et le chirurgien plasticien doivent se parler avant la chirurgie.

Ce que cela change dans la scène

La patiente a une aisselle atteinte, ce qui rend la radiothérapie après la chirurgie réellement possible. La proposition d'implant la semaine suivante a été faite sans cette discussion. Si le traitement systémique vient d'abord, l'équipe gagne du temps pour évaluer la réponse, discuter la radiothérapie et planifier la reconstruction sereinement.

Tableau : les décisions de la séquence et qui les prend

DécisionQuestion centraleQui participeSource principale
Traitement avant la chirurgieLe type et la taille de la tumeur plaident-ils pour commencer par le traitement systémique ?Oncologue, chirurgien, pathologisteKEYNOTE-522
Test génétiqueLe résultat sort-il avant la chirurgie ?Généticien, oncologue, chirurgienRoberson et collaborateurs
Traitement après la chirurgieY a-t-il eu une maladie résiduelle, et existe-t-il une variante BRCA ?Oncologue, pathologisteOlympiA et KATHERINE
ReconstructionLa radiothérapie est-elle probable, et quel est le meilleur moment ?Chirurgien plasticien, radiothérapeute, chirurgienOgita et collaborateurs
PréférencesQu'est-ce que la patiente valorise, et qu'a-t-elle compris ?Toute l'équipe et la patienteHerrera de la Muela et collaborateurs

Le quatrième indice : les préférences de la patiente

La patiente a posé deux questions qui n'étaient pas dans le plan : la reconstruction et la fertilité. Ces questions ne sont pas des détails ; elles peuvent changer l'ordre du traitement.

La décision partagée

Une étude espagnole portant sur 102 femmes suivies dans une unité mammaire multidisciplinaire a évalué la décision partagée lors des consultations de reconstruction. Les patientes ont convenu qu'elles avaient reçu plusieurs options et des explications sur les avantages et les inconvénients, mais elles se sentaient moins sûres de leur propre participation à la décision (Herrera de la Muela et collaborateurs, 2024). Les auteurs concluent que la décision partagée permet de réunir les données probantes et les préférences de la patiente. Présenter des options n'est pas la même chose que décider ensemble.

Fertilité et temps

Une patiente de 36 ans qui va recevoir une chimiothérapie peut vouloir discuter de la préservation de la fertilité avant de commencer. Cette conversation doit avoir lieu avant le premier cycle, et non après. Lorsque l'équipe commence par le traitement systémique, l'orientation vers la spécialiste en fertilité doit figurer dans le plan dès la première réunion.

Quand la patiente ne veut pas décider

Toutes les patientes ne souhaitent pas le même degré de participation. Certaines préfèrent décider seules après avoir entendu les options, d'autres préfèrent partager la décision, et d'autres demandent que l'équipe recommande. Ce qui compte, c'est de poser la question et de noter cette préférence, et de vérifier ce qu'elle a compris. Dans l'étude espagnole, l'âge moyen des patientes était de 49,8 ans, avec une variation de 22 à 71 ans (Herrera de la Muela et collaborateurs, 2024), ce qui rappelle que les priorités changent beaucoup d'une patiente à l'autre. Pour la patiente de la scène, jeune et avec un doute sur la fertilité, cette conversation doit venir avant le premier cycle.

Comment organiser le début

  • Discuter le cas en équipe avant de fixer la chirurgie.
  • Vérifier les récepteurs, HER2, la taille et l'aisselle pour décider si le traitement systémique vient d'abord.
  • Demander tôt le test génétique lorsqu'il existe des critères, pour que le résultat sorte avant la chirurgie.
  • Planifier la reconstruction avec le radiothérapeute et le chirurgien plasticien.
  • Interroger la patiente sur la fertilité, l'image corporelle et ce qu'elle valorise le plus.

Risques et erreurs de raisonnement

Dans le cancer du sein, les erreurs de séquence apparaissent rarement le jour même. Elles surgissent des mois plus tard, comme une reconstruction qui échoue, une mastectomie de l'autre côté réalisée dans un second temps ou une occasion de traitement manquée. Beaucoup ressemblent aux erreurs décrites dans le texte sur la prise de décision clinique.

Opérer avant de discuter

La chirurgie réalisée d'emblée sur une tumeur qui bénéficierait du traitement systémique fait perdre l'information de la réponse. Une pause diagnostique avant de fixer la chirurgie aide à demander si le cas est déjà passé en réunion.

Demander la génétique trop tard

Le test demandé après la chirurgie peut arriver trop tard pour changer le choix chirurgical, comme l'a montré l'étude menée auprès de femmes jeunes (Roberson et collaborateurs, 2025). La question sur les antécédents familiaux doit figurer dès la première consultation.

Confondre un variant incertain avec un variant pathogène

Traiter un variant de signification incertaine comme s'il était pathogène peut conduire à des chirurgies sans bénéfice. L'interprétation du test exige un conseil génétique.

Décider la reconstruction sans la radiothérapie

Une reconstruction planifiée sans savoir s'il y aura une radiothérapie risque davantage d'échouer. Le radiothérapeute doit participer à la discussion avant la chirurgie.

Traiter les préférences comme un détail

Les questions sur la reconstruction et la fertilité changent l'ordre du traitement. Les laisser pour la fin, c'est décider par omission. Gérer ces choix fait aussi partie de la prise en charge de l'incertitude diagnostique et thérapeutique.

Rééducation : lymphœdème, épaule et exercice

La séquence du traitement ne s'arrête pas à la dernière séance de radiothérapie. La chirurgie de l'aisselle, la radiothérapie et la reconstruction elle-même laissent des effets que la patiente portera pendant des années, et la kinésithérapie doit figurer dans le plan dès le début. Le lymphœdème du bras en est l'exemple le plus connu : il est invalidant, augmente les coûts et dégrade la qualité de vie.

Pendant des décennies, les recommandations déconseillaient l'exercice aux femmes atteintes de lymphœdème ou à risque, partant de l'idée que l'effort aggraverait le gonflement. Des revues systématiques récentes ont changé cette vision. Aguilera-Eguía et collaborateurs ont réuni 9 revues systématiques, portant sur 170 études primaires, sur l'exercice chez des femmes déjà atteintes de lymphœdème (Aguilera-Eguía et collaborateurs, 2026). La musculation supervisée a probablement réduit le risque d'augmentation du volume du bras à long terme, avec une certitude modérée. L'exercice aquatique peut améliorer la flexion et l'abduction de l'épaule par rapport au pilates, avec une certitude faible. Aucun événement indésirable n'a été signalé, mais les auteurs rappellent que cela ne prouve pas l'innocuité, car les événements n'ont pas toujours été définis et consignés.

En prévention, le même groupe a analysé 8 essais randomisés, portant sur 1 131 femmes à risque de lymphœdème (Aguilera-Eguía et collaborateurs, 2026). L'entraînement en force a probablement été sûr, avec des effets indésirables légers et passagers, mais l'effet préventif sur le lymphœdème est resté très incertain. Les résultats sur la douleur, l'amplitude des mouvements et la force de préhension ont également été incohérents.

Le traitement du lymphœdème est multimodal. Dans la revue, la kinésithérapie apparaît comme une pièce centrale, avec la thérapie décongestive complexe, le drainage lymphatique manuel, la compression et l'exercice. En pratique, cela se traduit par quelques étapes :

  • évaluer l'épaule et le bras avant la chirurgie, pour disposer d'une mesure de référence ;
  • commencer tôt la mobilisation de l'épaule, en respectant les drains et la cicatrisation ;
  • mesurer le bras au suivi et adresser en kinésithérapie au premier signe de gonflement ;
  • prescrire un exercice de force progressif et supervisé, plutôt que d'interdire l'effort ;
  • associer compression et soins de la peau lorsque le lymphœdème est déjà présent ;
  • inclure une activité aérobie régulière dans le plan de suivi après traitement.

Lors de la réunion d'équipe, la question de la rééducation doit apparaître avec les autres : qui aura un curage axillaire, qui recevra une radiothérapie sur l'aisselle et qui présente déjà une limitation de l'épaule. Ces patientes ont besoin d'une orientation planifiée, et non d'une consultation tardive, une fois le bras déjà gonflé.

Comment NEXO aide à entraîner ce raisonnement

Le cancer du sein au stade précoce est un bon exemple de cas où l'ordre des indices change la décision. Dans NEXO, le cas du jour fonctionne avec des indices progressifs, et s'entraîner à la question « que reste-t-il à savoir avant de décider de l'ordre ? » sur des cas courts aide à poser la même question en réunion d'équipe. La méthode s'appuie sur l'apprentissage fondé sur des cas cliniques.

Trois exercices avec des cas

  • Réécrivez la scène avec la réunion d'équipe avant la chirurgie et décrivez l'ordre choisi.
  • Imaginez que le test montre un variant pathogène de BRCA1. Écrivez ce qui change dans la chirurgie et dans le traitement ensuite.
  • Imaginez que la patiente présente une réponse pathologique complète. Listez ce qui change dans la radiothérapie et dans la reconstruction.

Vous pouvez aussi vous entraîner aux hypothèses avec le texte sur le diagnostic différentiel à partir d'indices. Les personnes qui créent des cas peuvent contribuer via la page Creators.

Questions fréquentes

Tout cancer du sein commence-t-il par la chirurgie ?

Non. Les tumeurs triple négatif ou HER2 positif de grande taille ou avec atteinte axillaire commencent souvent par le traitement systémique, comme dans KEYNOTE-522. Les petites tumeurs avec récepteurs hormonaux commencent généralement par la chirurgie. La décision revient à l'équipe.

Pourquoi faire le test génétique avant la chirurgie ?

Parce que le résultat peut changer le choix chirurgical, comme la mastectomie bilatérale, et le traitement ensuite, comme l'olaparib chez les porteuses d'une variante BRCA avec maladie à haut risque.

La reconstruction retarde-t-elle le traitement ?

Dans l'enquête japonaise, la reconstruction n'a pas retardé la chimiothérapie adjuvante dans 94 pour cent des institutions (Shien et collaborateurs, 2025). Le moment idéal dépend de la radiothérapie et doit être décidé par l'équipe.

Qu'est-ce qu'une réponse pathologique complète ?

C'est l'absence de cancer invasif dans le sein et dans les ganglions sur la pièce chirurgicale après le traitement néoadjuvant. Elle aide à définir le traitement après la chirurgie.

Qui décide de l'ordre du traitement ?

L'équipe, avec la patiente. Chirurgien, oncologue, radiothérapeute, chirurgien plasticien, pathologiste et généticien apportent des informations différentes, et la patiente apporte ce qui compte pour elle.

Checklist finale

  • J'ai présenté le cas à l'équipe avant de programmer la chirurgie.
  • J'ai vérifié les récepteurs, HER2, la taille et l'aisselle.
  • J'ai demandé le test génétique à temps pour changer la chirurgie.
  • J'ai planifié la reconstruction et la radiothérapie ensemble.
  • J'ai posé la question de la fertilité avant la chimiothérapie.
  • J'ai expliqué les options et vérifié ce que la patiente avait compris.
  • J'ai consigné la décision, l'ordre convenu et qui est responsable de chaque étape.

Vous voulez vous entraîner au raisonnement avec des indices progressifs ? Jouez le cas du jour.

Références

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