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Infectiologie

Fausses contre-indications : le biais qui retarde le vaccin

Deux œufs de poule, un brun et un blanc, sur fond blanc
Sommaire
  1. Qu'est-ce qu'une fausse contre-indication
  2. Contre-indication, précaution et report
  3. Les mythes les plus courants en salle de vaccination
  4. Allergie à l'œuf : le mythe le plus étudié
  5. Combien les professionnels se trompent
  6. Le risque du report : l'occasion manquée
  7. Pourquoi reporter semble prudent
  8. Comment NEXO aide à entraîner ce raisonnement
  9. Questions fréquentes
  10. Messages à retenir
  11. Références

Une mère arrive à l'unité avec son enfant de 6 mois pour les vaccins du calendrier. Le garçon a le nez qui coule, pas de fièvre, et il a pris de l'amoxicilline pour une otite qui s'est terminée hier. La professionnelle hésite, demande s'il a déjà mangé de l'œuf et suggère de revenir « quand il ira bien ». La famille repart sans vaccin. Peut-être qu'elle reviendra dans un mois, peut-être dans un an.

Cette scène ressemble à un soin. En pratique, c'est une occasion perdue. Une rhinorrhée sans fièvre, un antibiotique et une allergie à l'œuf font partie des situations que les recommandations classent comme fausses contre-indications (UKHSA, 2017 ; Kelso, 2022). Le report, en revanche, a des conséquences : l'enfant reste sans protection pendant l'intervalle, et chaque retour supplémentaire est une nouvelle chance que la famille abandonne.

Ce texte montre la différence entre contre-indication, précaution et mythe, passe en revue les mythes les plus étudiés, mesure à quel point les professionnels se trompent et explique pourquoi reporter paraît plus sûr que ça ne l'est.

Points principaux

  • Presque toutes les personnes peuvent recevoir presque tous les vaccins en toute sécurité ; les vraies contre-indications sont peu nombreuses (UKHSA, 2017).
  • Une maladie légère sans fièvre, la prise d'antibiotiques, la prématurité, l'asthme et des antécédents familiaux de réaction sont de fausses contre-indications (UKHSA, 2017).
  • L'allergie à l'œuf, même grave, ne demande aucune précaution supplémentaire pour le vaccin contre la grippe (Grohskopf, 2024).
  • À Quito, 98 professionnels sur 100 ont refusé au moins un vaccin indiqué dans des scénarios simulés (Andrade-Guerrero, 2022).
  • Les enfants sous-vaccinés contre la coqueluche ont eu un risque de la maladie jusqu'à 4,8 fois plus élevé (Rane, 2021).

Sommaire

Qu'est-ce qu'une fausse contre-indication

Une contre-indication est une condition qui augmente beaucoup le risque d'un événement indésirable grave avec un vaccin précis. Une fausse contre-indication est une condition que le professionnel ou la famille traite comme un empêchement, mais que les recommandations considèrent compatible avec la vaccination. La distinction paraît bureaucratique. Elle décide si l'enfant repart protégé ou sans protection de la consultation.

Le chapitre sur les contre-indications du Green Book, manuel de vaccination du Royaume-Uni, s'ouvre sur une phrase qui résume le sujet : presque toutes les personnes peuvent être vaccinées en toute sécurité avec tous les vaccins, et chez très peu la vaccination est contre-indiquée ou doit être reportée. En cas de doute, la recommandation est de demander l'avis d'un spécialiste plutôt que de retenir le vaccin (UKHSA, 2017).

L'Organisation mondiale de la santé et les groupes techniques nationaux aboutissent à des règles similaires par des chemins similaires, comme le montre le texte sur comment l'OMS et les pays décident du calendrier vaccinal. Le problème se situe rarement dans la règle. Il se situe dans l'écart entre la règle et la décision prise au guichet de la salle de vaccination.

La liste du Green Book

Le Green Book énumère explicitement ce qui ne contre-indique pas la vaccination de routine (UKHSA, 2017) :

  • des antécédents familiaux de réaction indésirable à un vaccin ;
  • des antécédents de la maladie, à l'exception du BCG chez les personnes ayant des preuves d'une exposition antérieure à la tuberculose ;
  • un contact avec une maladie infectieuse ;
  • une naissance prématurée et un poids inférieur à une certaine valeur ;
  • l'asthme, l'eczéma ou la rhinite allergique ;
  • une maladie légère et spontanément résolutive sans fièvre, comme une rhinorrhée ;
  • un traitement par antibiotiques et corticoïdes topiques ou inhalés ;
  • une mère ou une autre personne du foyer enceinte, et l'allaitement ;
  • un ictère néonatal antérieur ;
  • un âge supérieur à celui recommandé dans le calendrier, à l'exception du rotavirus ;
  • des antécédents personnels ou familiaux de convulsion fébrile ou d'épilepsie ;
  • une chirurgie programmée récente ou prochaine, et une anesthésie générale prochaine ;
  • un historique vaccinal inconnu ou mal documenté ;
  • un déficit en G6PD et des intolérances alimentaires.

Plusieurs éléments de cette liste sont exactement ceux qui apparaissent comme motif de report dans les enquêtes auprès des professionnels. Certains exigent des précautions supplémentaires décrites dans les chapitres de chaque vaccin, mais aucun, à lui seul, ne justifie de renvoyer la personne chez elle sans vaccin.

Contre-indication, précaution et report

Trois catégories organisent la décision. La première est la contre-indication véritable, qui empêche ce vaccin. La deuxième est la situation qui demande un report temporaire. La troisième est tout ce qui reste en dehors des deux premières, c'est-à-dire la majorité des situations de la routine.

Ce qui contre-indique vraiment

Les contre-indications générales sont peu nombreuses. Une anaphylaxie confirmée à une application antérieure du même vaccin ou à l'un de ses composants empêche ce vaccin spécifique, mais d'autres vaccins peuvent et doivent être administrés. Les immunodéficiences graves, primaires ou acquises, et les traitements immunosuppresseurs actuels ou récents contre-indiquent les vaccins vivants atténués, qui peuvent se répliquer de façon incontrôlée. La grossesse contre-indique aussi les vaccins vivants, par précaution théorique (UKHSA, 2017).

Même dans ces catégories, la contre-indication est rarement automatique. Dans certaines situations, le bénéfice du vaccin dépasse le risque ; dans d'autres, la vaccination doit être reportée, et non abandonnée (UKHSA, 2017). Le post VC04 de cette série, sur l'anaphylaxie après vaccin, traite de l'investigation de ceux qui ont eu une réaction grave et de la décision de revacciner.

Quand reporter a du sens

Le report légitime est rare. Les maladies légères sans fièvre ou sans atteinte systémique ne justifient pas de reporter. Si la personne a une maladie aiguë, par exemple avec une fièvre supérieure à 38,5 °C, le vaccin peut attendre la guérison complète. La raison principale est d'éviter qu'un nouveau symptôme ou l'évolution de la maladie soient attribués au vaccin (UKHSA, 2017).

La même logique vaut pour les maladies neurologiques. Avoir une affection neurologique stable est compatible avec la vaccination ; une détérioration neurologique en cours peut justifier de reporter, pour ne pas confondre l'évolution de la maladie avec un effet du vaccin. Dans ce cas, le Green Book demande de peser le risque du report contre le risque de l'infection et d'administrer le vaccin dès que le tableau devient clair (UKHSA, 2017).

Un autre report prévu concerne les immunoglobulines. Les anticorps de donneurs peuvent neutraliser les vaccins vivants de virus, qui, en l'absence d'urgence, doivent être administrés au moins trois semaines avant ou trois mois après l'immunoglobuline. Il existe des exceptions, comme la fièvre jaune et le BCG (UKHSA, 2017).

Corticoïdes et immunosuppression

Les corticoïdes sont l'un des motifs les plus fréquents de refus erroné. Les corticoïdes inhalés, topiques ou intra-articulaires ne causent pas d'immunosuppression systémique notable et ne contre-indiquent pas même les vaccins vivants. Le traitement substitutif chez les personnes ayant une insuffisance surrénale non plus. La limite qui compte pour les vaccins vivants est le corticoïde systémique à forte dose quotidienne pendant plus d'une semaine, ou à dose plus faible pendant plus de 14 jours, selon les critères du manuel lui-même (UKHSA, 2017).

Il faut rappeler que les vaccins inactivés ne se répliquent pas et peuvent être administrés aux personnes immunodéprimées, même si la réponse peut être moindre (UKHSA, 2017). Refuser un vaccin inactivé à cause d'un corticoïde, c'est confondre deux règles différentes.

Les mythes les plus courants en salle de vaccination

Certains motifs de report apparaissent dans pratiquement toutes les études. Le tableau résume ce que les sources disent de chacun.

Situation Ce qui se passe habituellement Ce que disent les sources
Rhinorrhée, otite ou diarrhée légère sans fièvre Reporter « jusqu'à ce que ça aille mieux » Une maladie légère sans fièvre est une fausse contre-indication (UKHSA, 2017)
Prise d'antibiotique Attendre la fin du traitement L'antibiotique figure parmi les fausses contre-indications (UKHSA, 2017)
Allergie à l'œuf Refuser la grippe ou le ROR, ou envoyer à l'hôpital L'allergie à l'œuf ne demande aucune mesure supplémentaire pour la grippe (Grohskopf, 2024) ; les enfants allergiques à l'œuf doivent recevoir le ROR en soins primaires (UKHSA, 2017)
Fièvre ou douleur locale après une application antérieure Suspendre la suivante Les réactions locales et la fièvre sont courantes et ne contre-indiquent pas l'application suivante (Dreskin, 2016)
Prématurité ou faible poids Attendre de prendre du poids La prématurité et le faible poids sont de fausses contre-indications (UKHSA, 2017)
Convulsion fébrile ou épilepsie dans la famille Reporter le vaccin contre la coqueluche Des antécédents personnels ou familiaux de convulsion fébrile ou d'épilepsie sont une fausse contre-indication (UKHSA, 2017)
Corticoïde inhalé ou topique Refuser les vaccins vivants Un corticoïde non systémique est compatible même avec les vaccins vivants (UKHSA, 2017)
Une personne enceinte à la maison Reporter le vaccin de l'enfant La grossesse d'une personne de la maison est une fausse contre-indication (UKHSA, 2017)

Une réaction antérieure qui n'était pas une allergie

De nombreuses familles et de nombreux professionnels traitent comme une allergie tout ce qui est survenu après une vaccination. Douleur, rougeur, gonflement au point d'injection et fièvre sont des réactions courantes et attendues, et le consensus international sur les réactions allergiques aux vaccins affirme qu'elles ne contre-indiquent pas les injections ultérieures (Dreskin, 2016).

Même quand la réaction évoque une allergie, l'évaluation autorise généralement la vaccination. À Rome, 153 enfants adressés pour une "réaction à une injection antérieure" ont bénéficié d'une évaluation spécialisée et d'un test cutané. Seuls 13 présentaient des symptômes évocateurs d'une réaction médiée par les IgE, 151 ont eu un test négatif et ont terminé le schéma, et aucun n'a présenté de réaction post-vaccinale lors du suivi rapporté (Nicolosi, 2014). Une revue de dix ans de pratique avertit que les personnes ayant présenté une possible anaphylaxie doivent être évaluées par un allergologue plutôt que de simplement recevoir l'étiquette d'allergique, car la plupart peuvent recevoir les injections suivantes (Kelso, 2022).

Prématuré et faible poids

Le prématuré est vacciné selon l'âge chronologique, et non selon l'âge corrigé ; dans le calendrier israélien, l'exception est l'hépatite B, qui exige un poids minimal de 2 000 grammes (Bary-Weisberg, 2020). Malgré cela, le retard est fréquent. Dans une cohorte nationale israélienne de 181 543 enfants nés en 2016, les nourrissons de faible poids ont commencé le schéma plus tard, avec une probabilité de retard d'environ un quart plus élevée à la première injection du vaccin combiné avec la coqueluche (OR 1,26), et les retards étaient plus importants en dessous de 1 000 grammes. À 24 mois, la couverture était identique (Bary-Weisberg, 2020).

Le résultat final rassure, mais masque le problème. Le retard se concentre précisément dans les premiers mois, quand le prématuré est le plus vulnérable aux infections graves comme la coqueluche. Attendre que le bébé "prenne du poids" est l'une des fausses contre-indications listées dans le Green Book (UKHSA, 2017).

Allergie à l'œuf : le mythe le plus étudié

Certains vaccins sont produits sur des œufs embryonnés ou dans des cultures dérivées d'embryon de poulet, ce qui a suscité des décennies de prudence. La plupart des vaccins contre la grippe sont cultivés sur œufs et contiennent de petites quantités d'ovalbumine, qui varient selon les fabricants et les lots (Dreskin, 2016). La question "votre enfant est-il allergique à l'œuf ?" est devenue une routine du tri.

Grippe

Les données ont démenti cette prudence. Dans une étude multicentrique au Royaume-Uni, 779 enfants et adolescents de 2 à 18 ans allergiques à l'œuf ont reçu le vaccin antigrippal vivant atténué nasal, qui contient de la protéine d'œuf. Au total, 270 avaient déjà présenté une anaphylaxie à l'œuf, et 157 des symptômes respiratoires ou cardiovasculaires. Aucun participant n'a eu de réaction allergique systémique ; 9 ont eu des symptômes légers compatibles avec une réaction locale (Turner, 2015).

L'ACIP, comité de vaccination des États-Unis, recommande aujourd'hui que toutes les personnes à partir de 6 mois allergiques à l'œuf reçoivent le vaccin contre la grippe, avec tout vaccin adapté à l'âge, à base d'œuf ou non. L'allergie à l'œuf, à elle seule, n'exige aucune mesure de sécurité au-delà de celles recommandées pour tout vaccin, quelle que soit la gravité de la réaction antérieure à l'œuf (Grohskopf, 2024). La revue de Kelso va plus loin : il n'est pas nécessaire de demander si l'on est allergique à l'œuf avant le vaccin contre la grippe, ni dans les formulaires de tri (Kelso, 2022).

Vaccin trivalent

Pour le vaccin trivalent, le mythe persiste avec force. Le Green Book affirme que les réactions anaphylactiques au vaccin trivalent ne sont pas associées à une hypersensibilité à l'œuf et que tous les enfants allergiques à l'œuf doivent le recevoir en routine, en soins primaires (UKHSA, 2017).

Une étude polonaise de 2026 montre l'effet du mythe. Chez 39 enfants allergiques à l'œuf hospitalisés pour recevoir le vaccin trivalent, dont 15 avec une anaphylaxie antérieure à l'œuf, aucun n'a eu de réaction systémique ; un a eu un exanthème qui s'est amélioré avec un antihistaminique. Malgré cela, 63 sur 100 avaient déjà eu la vaccination reportée, et le retard le plus long a atteint 113 mois (Balas, 2026). Presque dix ans sans protection contre la rougeole, pour une précaution que les données avaient déjà écartée.

L'exception de la gélatine

Une règle générale se dégage de ces études : presque tous les patients tolèrent des vaccins contenant des substances auxquelles ils sont allergiques. L'exception connue est la gélatine, présente en milligrammes dans certains vaccins et liée à la majorité des réactions anaphylactiques décrites pour ceux-ci. Pour les personnes ayant une allergie confirmée à la gélatine, la revue propose un test cutané avec le vaccin et, s'il est positif, une injection fractionnée (Kelso, 2022).

Bacilles de Bordetella pertussis colorés en rouge dans un champ de microscope
Bordetella pertussis, responsable de la coqueluche, en coloration de Gram ; chaque mois de retard dans la vaccination du nourrisson prolonge la fenêtre pendant laquelle cette bactérie peut provoquer la forme grave de la maladie. Crédit : CDC Public Health Image Library, Domaine public (licence), via Wikimedia Commons (page du fichier).

Combien les professionnels se trompent

Les fausses contre-indications persistent parce que les professionnels de santé y croient aussi. Les études qui testent ces connaissances avec des scénarios cliniques trouvent des résultats similaires dans des contextes très différents.

Équateur

À Quito, 273 professionnels de santé, parmi lesquels des spécialistes, des généralistes, des infirmiers et des techniciens, ont répondu à 18 scénarios cliniques. Presque tous, 98 sur 100, ont refusé le vaccin dans au moins un scénario où il était indiqué, et seuls cinq ont répondu correctement à tout le questionnaire. La fièvre légère ou modérée était le motif de refus le plus fréquent, cité par 89 sur 100. Les corticoïdes, une maladie auto-immune et l'allergie à l'œuf ont aussi entraîné des refus injustifiés dans 71, 73 et 59 réponses sur 100, et à peine plus de la moitié vaccineraient un enfant sous antibiotiques (Andrade-Guerrero, 2022).

Italie

En Italie, 892 pédiatres ont classé 11 situations comme contre-indication permanente, temporaire ou fausse pour la deuxième injection du vaccin hexavalent. Seuls 48, environ 5 sur 100, ont tout bon. L'otite sans fièvre a été vue comme une contre-indication temporaire par 37 sur 100 ; l'infection des voies respiratoires supérieures sans fièvre, par 27 ; la gastro-entérite aiguë grave a divisé les pédiatres presque en deux. Un tiers des pédiatres ont déclaré ne pas vérifier systématiquement si les patients étaient à jour de leur calendrier (Filia, 2019).

Ces chiffres comptent parce que la recommandation du professionnel figure parmi les facteurs les plus forts dans la décision de la famille. Le texte sur l'hésitation vaccinale et le modèle 5C montre comment la manière de recommander change la réponse des parents. Un report suggéré par le professionnel lui-même transmet à la famille le message que le vaccin comporte un risque caché.

Le risque du report : l'occasion manquée

L'Organisation mondiale de la Santé appelle occasion manquée de vaccination la situation où une personne éligible, sans contre-indication, passe dans un service de santé et en sort sans tous les vaccins qu'elle aurait pu recevoir. Le Programme élargi de vaccination recommande, depuis 1983, d'utiliser toute consultation comme une occasion de vacciner, quel que soit le motif de la visite (Borras-Bermejo, 2022).

Combien d'occasions sont perdues

Dans 19 services soutenus par l'organisation Médecins Sans Frontières dans six pays à faible revenu, 2 738 enfants de moins de 5 ans avaient un carnet de vaccination. Parmi eux, 63 sur 100 étaient éligibles à un vaccin, et 65 sur 100 de ceux-là en sont sortis sans lui. La perte était plus grande dans les hôpitaux et lors de consultations pour un autre motif, et bien plus grande après la première année de vie. Les auteurs citent comme explication la croyance que l'enfant malade ne peut pas être vacciné (Borras-Bermejo, 2022).

Au Pakistan, une analyse d'une enquête à domicile portant sur plus de 100 000 enfants a estimé qu'environ 1 enfant de 1 à 5 ans sur 4 a perdu au moins une injection du pentavalent ou du vaccin contre la rougeole lors d'une visite de la mère dans un service de santé (Fatmee, 2026). La mère était dans le service. L'enfant était éligible. Le vaccin a été remis à plus tard.

Ce que provoque le retard

La coqueluche montre clairement l'effet. Dans une cohorte de population de 316 404 enfants aux États-Unis, les sous-vaccinés dans la série primaire, au rappel de la deuxième année et au rappel préscolaire avaient un risque de coqueluche 4,8, 3,2 et 4,6 fois plus élevé que les enfants complètement vaccinés. Les retards courts n'ont pas été associés à un risque plus élevé, mais les auteurs avertissent que reporter volontairement n'est pas recommandé, car la protection dépend du nombre, du moment et de l'intervalle entre les injections (Rane, 2021).

Une méta-analyse de 22 études est arrivée à une conclusion similaire. Les enfants de familles hésitantes, sans aucune injection, avaient une probabilité environ quatre fois plus élevée de coqueluche (OR combiné de 4,12) que les enfants complètement vaccinés (Wang, 2023). Le report pour fausse contre-indication produit le même résultat que l'hésitation, sauf qu'il vient de l'initiative du professionnel.

Gélose au charbon avec des colonies de Bordetella pertussis
Colonies de Bordetella pertussis sur gélose au charbon, milieu utilisé pour isoler la bactérie ; la culture confirme la maladie que la vaccination à jour aurait prévenue. Crédit : Nathan Reading, CC BY 2.0 (licence), via Wikimedia Commons (page du fichier).

Pourquoi reporter semble prudent

Si les règles sont claires, pourquoi tant de professionnels reportent-ils ? Une partie de la réponse tient à la méconnaissance, comme le montrent les questionnaires. Une autre partie tient à la façon dont le cerveau pèse action et omission.

Le biais d'omission

Le biais d'omission est la tendance à juger un dommage causé par une action comme pire qu'un dommage égal ou plus grand causé par l'absence d'action. Si l'enfant vacciné avec un écoulement nasal a de la fièvre le lendemain, la fièvre sera attribuée au vaccin et à celui qui l'a administré. Si l'enfant non vacciné contracte la coqueluche trois mois plus tard, personne ne reliera la maladie au report. L'action laisse une trace ; l'omission, presque jamais.

Le même mécanisme apparaît dans le biais de résultat, où la décision est jugée sur l'issue et non sur la qualité du raisonnement. Et il s'ajoute au biais affectif : la peur d'être tenu responsable d'un événement indésirable pèse plus qu'un risque abstrait et lointain.

Heuristiques et chiffres

L'heuristique de disponibilité y contribue aussi. Un événement indésirable grave vu une fois reste en mémoire pendant des années, tandis que les centaines d'administrations sans problème disparaissent. L'antidote est de raisonner en fréquences, comme le propose le texte sur le taux de base : combien de réactions graves surviennent par million d'administrations, comparées à combien de cas de maladie surviennent chez ceux qui restent sans vaccin.

Décider dans l'incertitude

Certains doutes persistent jusqu'à la fin de la consultation. Quand cela arrive, la solution est la même que pour d'autres décisions cliniques : séparer ce qui est un vrai doute de ce qui est un malaise, appliquer la règle écrite et, si besoin, consulter quelqu'un avant de renvoyer la famille. Le texte sur les stratégies pour décider sans certitude et celui sur les bénéfices et dommages dans la décision clinique organisent ce raisonnement.

Dans la conversation avec la famille, expliquer pourquoi l'écoulement nasal n'empêche pas le vaccin, et vérifier ce qui a été compris avec le teach-back, réduit la chance que le même doute revienne à la prochaine visite.

Comment NEXO aide à entraîner ce raisonnement

Dans NEXO, le cas du jour est fictif, avec une présentation clinique réelle et jusqu'à six indices progressifs, et vous proposez le diagnostic en cherchant le code dans la CIM-10. Entraîner la lecture des indices aide à séparer ce qui change la conduite de ce qui semble seulement important, la même compétence qui sépare une vraie contre-indication d'un mythe.

Les limites d'usage du jeu sont décrites sur la page Économie de NEXO. Si vous faites de la recherche sur l'enseignement du raisonnement clinique, la page pour les Researcher explique comment prendre contact. Les professionnels qui écrivent ou révisent des cas trouvent des informations dans Curator et dans Creators, et les institutions peuvent découvrir la proposition sur la page pour les partenariats. Pour entraîner la recherche du code, voir comment le code de la CIM-10 est construit, et pour ajuster la sûreté de ses propres réponses, la calibration diagnostique.

Questions fréquentes

Un enfant avec une grippe légère peut-il recevoir le vaccin ?

Oui. Une maladie légère et spontanément résolutive sans fièvre, comme un écoulement nasal, est une fausse contre-indication. En cas de maladie aiguë avec fièvre supérieure à 38,5 °C, le vaccin peut être reporté jusqu'à la guérison complète (UKHSA, 2017).

Peut-on être vacciné sous antibiotiques ?

Oui. Le traitement antibiotique figure dans la liste des fausses contre-indications du Green Book (UKHSA, 2017).

L'allergie à l'œuf empêche-t-elle le vaccin contre la grippe ?

Seulement dans l'imaginaire. L'ACIP recommande de vacciner toutes les personnes allergiques à l'œuf, avec tout vaccin adapté à l'âge et sans mesures supplémentaires, quelle que soit la gravité de la réaction à l'œuf (Grohskopf, 2024).

Et le vaccin rougeole-oreillons-rubéole chez une personne allergique à l'œuf ?

Il doit être administré en routine, en soins primaires, car les réactions anaphylactiques au vaccin rougeole-oreillons-rubéole ne sont pas liées à l'allergie à l'œuf (UKHSA, 2017 ; Balas, 2026).

Un prématuré doit-il attendre de prendre du poids pour être vacciné ?

Le prématuré est vacciné selon son âge chronologique. La prématurité et le faible poids sont de fausses contre-indications (UKHSA, 2017 ; Bary-Weisberg, 2020).

Une fièvre après le dernier vaccin empêche-t-elle le suivant ?

Les réactions locales et la fièvre après un vaccin sont courantes et ne contre-indiquent pas l'administration suivante (Dreskin, 2016).

Qu'est-ce qui contre-indique vraiment un vaccin ?

Anaphylaxie confirmée à une administration antérieure ou à un composant de ce vaccin ; pour les vaccins vivants, également une immunodéficience grave, une immunosuppression significative et la grossesse (UKHSA, 2017).

Messages à retenir

  • Les vraies contre-indications sont peu nombreuses et propres à chaque vaccin.
  • Une rhinorrhée sans fièvre, un antibiotique, la prématurité et l'asthme sont de fausses contre-indications.
  • Une forte fièvre avec une maladie aiguë permet de reporter jusqu'à la guérison, sans annuler le vaccin.
  • Une allergie à l'œuf ne nécessite aucune précaution supplémentaire pour la grippe et le ROR.
  • Une réaction locale ou de la fièvre après un vaccin n'empêche pas l'administration suivante.
  • Chaque consultation est l'occasion de vérifier et de mettre à jour le calendrier.
  • Reporter est aussi une décision, avec des risques que le biais d'omission masque.

Jouez le cas du jour sur NEXO.

Références

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  2. Andrade-Guerrero F, Tapia A, Andrade V, Vásconez-González J, et al. False Contraindications for Vaccinations Result in Sub-Optimal Vaccination Coverage in Quito, Ecuador: A Cross-Sectional Study. Vaccines (Basel). 2022. PMID 36679905. DOI 10.3390/vaccines11010060.
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  14. Bary-Weisberg D, Stein-Zamir C. Vaccination timeliness and completeness among preterm and low birthweight infants: a national cohort study. Hum Vaccin Immunother. 2020. PMID 33325771. DOI 10.1080/21645515.2020.1840255.

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