Climat et santéRaisonnement clinique

Chaleur et santé mentale : crises et urgences

Thermomètre clinique en verre posé sur des comprimés et des gélules colorés
Sommaire
  1. Ce que la température fait à la demande psychiatrique
  2. Ce que montrent les données brésiliennes
  3. Suicide, jeunes et température
  4. Pourquoi la chaleur aggrave l'état mental
  5. Qui est le plus vulnérable
  6. Ce qu'il faut faire en consultation et aux urgences
  7. Comment NEXO aide à entraîner ce raisonnement
  8. Questions fréquentes
  9. Messages à retenir
  10. Références

Un homme de 34 ans atteint de schizophrénie, stable depuis deux ans, arrive aux urgences de Curitiba au troisième jour consécutif d'une chaleur inhabituelle. La famille raconte qu'il n'a presque pas dormi, qu'il est devenu irritable, qu'il a arrêté de prendre son traitement et qu'il a passé l'après-midi enfermé dans une chambre sans ventilation. Il est agité, avec la peau chaude et sèche. L'équipe pense d'abord à une décompensation psychotique. Personne ne mesure la température dans les premières heures.

Cette scène réunit trois problèmes que la chaleur a l'habitude de réunir : une aggravation du tableau psychiatrique, un risque physique accru par des médicaments qui perturbent la thermorégulation et une évaluation qui sépare le corps et l'esprit alors que le patient a besoin des deux en même temps. La littérature des dernières années montre que la température ambiante influe sur la demande psychiatrique de façon constante, dans les pays riches comme pauvres, chez les adultes, les personnes âgées et les jeunes.

Ce texte organise ce que l'on sait : l'ampleur de l'effet, quels troubles semblent les plus sensibles, ce qui se passe avec le suicide, pourquoi certains patients présentent un risque physique plus élevé et ce que le clinicien peut faire en consultation et en garde.

Points principaux

  • Les journées chaudes augmentent les passages aux urgences et les hospitalisations pour troubles mentaux.
  • L'effet apparaît dans l'anxiété, l'humeur, l'usage de substances, la schizophrénie et l'automutilation.
  • Le risque de suicide augmente avec la température dans de nombreux pays, dont le Brésil.
  • Les enfants, les adolescents et les jeunes adultes sont aussi touchés, pas seulement les personnes âgées.
  • Les antipsychotiques, les anticholinergiques et les diurétiques peuvent perturber la perte de chaleur.
  • Pendant une vague de chaleur, le patient psychiatrique agité a besoin d'une évaluation physique, en commençant par la température.

Ce que la température fait à la demande psychiatrique

La question semble simple, mais elle n'a reçu de réponses solides que lorsque de grandes bases de données ont permis de comparer les jours chauds et les jours doux dans une même population. Ce schéma, appelé série temporelle, compare la personne à elle-même à des moments différents et réduit le poids des facteurs qui ne changent pas d'un jour à l'autre.

Une revue récente portant sur des personnes de 60 ans et plus a réuni 76 études (Byun et collaborateurs, 2024). Dans une méta-analyse de quatre études, chaque degré de température en plus était associé à un risque relatif de 1,014 pour les hospitalisations ou les passages pour troubles mentaux. Lors des vagues de chaleur, les hospitalisations et les passages ont augmenté avec un RR de 1,269, dans une analyse de six études. Pour la mortalité par troubles mentaux, le RR était de 1,266, mais l'intervalle de confiance allait de 0,956 à 1,678, avec seulement quatre études, ce qui ne permet pas de conclusion ferme. La certitude globale des preuves a été classée comme modérée, et le froid est aussi apparu comme facteur de risque.

Ces chiffres semblent petits lorsqu'on les lit isolément. La question est l'échelle. Une augmentation modeste du risque appliquée à des millions de personnes, sur des dizaines de jours chauds par an, se traduit par beaucoup de demande supplémentaire pour des services qui travaillent déjà à la limite.

Comment lire ces études

Avant d'aller plus loin, il vaut la peine de comprendre ce que ces chiffres disent et ce qu'ils ne disent pas. Presque toutes les études sur la chaleur et la santé mentale sont observationnelles. Elles montrent que, les jours plus chauds, la même population recourt davantage aux services de santé mentale. Elles ne montrent pas, à elles seules, pourquoi cela se produit, ni n'identifient qui va s'aggraver.

Un autre point est la définition de la chaleur. Certaines études utilisent la température moyenne du jour, d'autres la maximale, d'autres des percentiles locaux ou des vagues de chaleur d'une durée minimale. La définition du critère de jugement change aussi : passage aux urgences, hospitalisation, décès ou suicide. C'est pourquoi les chiffres ne doivent pas être additionnés ni comparés directement entre études. Ce qui donne de la force à l'ensemble, c'est la direction constante de l'effet dans des lieux, des périodes et des méthodes si différents.

Enfin, les effets apparaissent généralement le jour même ou les jours suivants la chaleur, et beaucoup d'études additionnent ce décalage en un risque cumulé. Pour la pratique, cela signifie que la demande peut rester élevée même après que la température a baissé, et que le service doit se préparer pour quelques jours, et pas seulement pour le pic.

Urgences et hospitalisation : ce que montrent les grandes études

La plus grande étude sur les passages aux urgences aux États-Unis a analysé 3 496 762 visites pour troubles mentaux dans 2775 comtés, entre 2010 et 2019 (Nori-Sarma et collaborateurs, 2022). Les jours de chaleur extrême, définis comme au-dessus du 95e percentile local, le taux de passages était supérieur de 8 pour 100 (IRR de 1,08). L'effet a été observé dans presque toutes les catégories :

  • usage de substances, IRR de 1,08 ;
  • anxiété et troubles liés au stress, IRR de 1,07 ;
  • troubles de l'humeur, IRR de 1,07 ;
  • schizophrénie et autres psychoses, IRR de 1,05 ;
  • automutilation, IRR de 1,06 ;
  • troubles du comportement débutant dans l'enfance, IRR de 1,11.

Chez les hommes, l'IRR atteignait 1,10. L'étude a aussi évalué les différences selon la tranche d'âge, le sexe et la région du pays, ce qui aide à comprendre que le phénomène ne se limite pas à un seul groupe.

À Berne, en Suisse, une étude a suivi 88 996 hospitalisations psychiatriques entre 1973 et 2017 (Bundo et collaborateurs, 2021). Le risque d'hospitalisation augmentait de 4,0 pour 100 pour chaque 10 °C de plus. Pour la schizophrénie, l'augmentation était de 10,0 pour 100, et pour les troubles du développement elle atteignait 29,0. Cette donnée attire l'attention parce qu'elle vient d'une ville au climat tempéré, où la chaleur extrême est moins fréquente.

À Adélaïde, en Australie, une analyse de 1993 à 2006 a identifié un seuil de 26,7 °C à partir duquel les hospitalisations pour troubles mentaux et comportementaux commençaient à augmenter (Hansen et collaborateurs, 2008). Pendant les vagues de chaleur, ces hospitalisations étaient supérieures de 7,3 pour 100 à celles des autres périodes. La mortalité attribuée aux troubles mentaux a aussi augmenté dans la tranche de 65 à 74 ans et chez les personnes atteintes de schizophrénie. Les décès liés à la démence ont augmenté dans les tranches d'âge jusqu'à 65 ans.

Lit d'hôpital vide aux draps blancs, le long d'un mur clair
Lit d'hôpital vide. Dans plusieurs pays, les hospitalisations psychiatriques augmentent les jours de chaleur, ce qui met sous pression des services déjà à la limite de leurs capacités. Crédit : Fatimah Bello, CC0, via Wikimedia Commons (page du fichier).

Ce que montrent les données brésiliennes

Le Brésil dispose de ses propres études, et elles aident à écarter l'idée que le problème ne concerne que les pays riches ou les climats extrêmes.

À Curitiba, une analyse de 2010 à 2016 a évalué la relation entre la température et les passages pour troubles mentaux (da Silva et collaborateurs, 2020). Le risque relatif associé à la température était de 1,0182 chez les hommes et de 1,0407 chez les femmes, et les personnes âgées se sont montrées plus sensibles sur cette période.

Une étude plus récente dans la même ville a analysé 101 452 passages aux urgences pour troubles mentaux entre 2017 et 2021 (Corvetto et collaborateurs, 2023). En comparant un jour de chaleur extrême (24,5 °C de température moyenne) à la médiane (18,02 °C), le risque cumulé était de 1,15. Certains groupes se sont distingués :

  • tentatives de suicide, RR de 1,85 ;
  • troubles névrotiques, liés au stress et somatoformes, RR de 1,18 ;
  • femmes, RR de 1,20.

Cette seconde étude a trouvé un risque plus faible chez les personnes âgées (RR de 0,77) et pour les troubles mentaux organiques (RR de 0,60). La différence avec l'étude précédente montre que le groupe le plus vulnérable peut changer selon la période, la définition du critère de jugement et le type de service analysé. Pour la pratique, le message est qu'il n'existe pas un seul profil de risque : la chaleur touche des groupes différents dans des contextes différents.

Il faut aussi noter la valeur du seuil. Une température moyenne de 24,5 °C ne semble pas extrême pour qui vit dans le Nordeste ou le Centre-Ouest. Ce qui compte, c'est la chaleur par rapport à l'habitude de la population locale. C'est pourquoi les études utilisent les percentiles de la ville elle-même, et non un chiffre fixe.

Suicide, jeunes et température

La plus grande étude sur le sujet a analysé 1 320 148 suicides dans 341 lieux de 12 pays (Kim et collaborateurs, 2019). Le Brésil y a contribué avec 13 villes, entre 1997 et 2005, totalisant 8801 suicides. Dans l'analyse conjointe, la courbe avait une forme de J inversé : le risque augmentait avec la température jusqu'à un pic à 27 °C, où le RR atteignait 1,33. Entre les pays, le RR estimé variait de 1,31 aux États-Unis à 1,65 à Taïwan.

Une revue systématique avec méta-analyse a réuni 32 études sur la température et le suicide (Heo et collaborateurs, 2021). Le risque de suicide était supérieur de 9 pour 100 pour chaque augmentation de 7,1 °C (RR de 1,09). La revue a aussi comparé les pays selon le niveau de revenu et signalé des lacunes de recherche, comme l'interaction entre la pollution de l'air et la température.

Comme le pic de risque se situe à une température courante en été dans de nombreuses villes, y compris brésiliennes, l'effet ne dépend pas seulement d'événements extrêmes rares. Il accompagne la chaleur du quotidien.

Chez les jeunes, une revue systématique portant sur 28 études menées auprès de personnes jusqu'à 24 ans a trouvé une association entre chaleur et suicide, avec une augmentation de 1,0 pour 100 du risque par degré Celsius (Lai et collaborateurs, 2026). La même revue a trouvé, en cas d'exposition à des températures élevées, un risque plus grand de consultations hospitalières ou d'hospitalisations pour troubles mentaux (13 pour 100), pour schizophrénie (14 pour 100) et pour dépression (18 pour 100).

L'étude brésilienne de Curitiba, avec un RR de 1,85 pour les tentatives de suicide par forte chaleur, renforce ce signal (Corvetto et collaborateurs, 2023). Ce sont des données d'association au niveau de la population. Elles ne permettent pas de prévoir qui tentera de se suicider un jour de chaleur, mais elles indiquent que la surveillance doit augmenter pendant ces périodes.

Enfants, adolescents et jeunes adultes

L'idée que la chaleur n'affecte que les personnes âgées fragiles ne résiste pas aux données de santé mentale. À New York, une étude portant sur 82 982 passages aux urgences et hospitalisations liés à la santé mentale chez des personnes jusqu'à 25 ans a trouvé une association claire avec la chaleur (Niu et collaborateurs, 2023). Les jours de température élevée, la probabilité de passage aux urgences ou d'hospitalisation augmentait, avec un OR de 1,28 entre 6 et 11 ans, de 1,17 entre 12 et 17 ans et de 1,09 entre 18 et 25 ans.

Le groupe le plus jeune était le plus touché. Les enfants dépendent des adultes pour se protéger de la chaleur, ont moins d'autonomie pour changer d'environnement et peuvent exprimer leur inconfort par le comportement, ce qui concorde avec l'augmentation des troubles du comportement observée dans l'étude américaine (Nori-Sarma et collaborateurs, 2022).

La revue portant sur des personnes jusqu'à 24 ans est arrivée à la même conclusion (Lai et collaborateurs, 2026). Pour le pédiatre et le médecin de famille, cela signifie inclure la chaleur dans la liste des facteurs pouvant expliquer une aggravation comportementale aiguë, aux côtés du sommeil, de l'école, des conflits familiaux et de la consommation de substances.

Gélules et comprimés de diverses couleurs éparpillés sur une surface
Gélules et comprimés. Plusieurs médicaments d'usage courant en psychiatrie et en médecine clinique peuvent perturber la perte de chaleur du corps. Crédit : freestocks.org, CC0, via Wikimedia Commons (page du fichier).

Pourquoi la chaleur aggrave l'état mental

Les mécanismes ne sont pas totalement élucidés, mais certaines pièces s'emboîtent. Une revue sur le sujet a rassemblé des explications physiologiques et comportementales (Lõhmus, 2018). La chaleur nuit au sommeil, et la privation de sommeil est un déclencheur connu de décompensation dans les troubles de l'humeur et les psychoses. La chaleur altère aussi les fonctions exécutives, comme l'attention, la planification et le contrôle des impulsions.

Une revue plus récente, qui a combiné quatre études avec six groupes de discussion comptant 33 participants, dont 21 ayant une expérience de trouble mental et 12 professionnels de santé, a organisé les voies citées (Baecker et collaborateurs, 2025) :

  • activation de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et augmentation du stress psychologique, avec des preuves encore limitées ;
  • aggravation du sommeil et diminution de l'activité physique ;
  • isolement social, associé à une humeur dépressive ;
  • moindre engagement dans le traitement, car l'inconfort physique réduit la motivation à se rendre aux séances ou à prendre le médicament.

Dans les groupes de discussion, les participants ont décrit de l'irritabilité, de la frustration, une perte des stratégies d'adaptation habituelles et de l'anxiété concernant leur propre santé, qui peut mener à une spirale de dégradation. Ce témoignage aide à comprendre pourquoi l'effet apparaît dans tant de catégories différentes : la chaleur ne crée pas un nouveau trouble, mais elle réduit la marge de ceux qui vivent déjà près de la limite.

Médicaments qui perturbent la thermorégulation

Ici, le sujet cesse d'être seulement psychiatrique et devient clinique. Le corps perd de la chaleur principalement par la sueur et par la dilatation des vaisseaux de la peau. Certains médicaments interfèrent avec ces mécanismes.

La revue sur la santé mentale et la chaleur décrit deux groupes principaux (Lõhmus, 2018). Les médicaments à effet anticholinergique réduisent la production de sueur, et la sueur est le principal moyen de refroidissement dans les environnements chauds. Les antipsychotiques qui bloquent la dopamine nuisent au contrôle central de la température et peuvent causer une rigidité musculaire, qui génère de la chaleur. La même revue cite une étude classique menée dans des hôpitaux psychiatriques de l'État de New York, avec des données de 1950 à 1984, dans laquelle les patients avaient deux fois plus de risque de mourir pendant les vagues de chaleur que la population générale. Le risque était plus élevé dans les années 1950, avant l'usage large des antipsychotiques, que dans les années 1980, ce qui montre que les médicaments n'expliquent pas tout : les conditions d'hospitalisation et les soins pèsent aussi.

Une étude portant sur 9721 patients de Medicare a évalué le risque d'hospitalisation pour maladie liée à la chaleur selon l'usage de médicaments (Layton et collaborateurs, 2020). L'usage isolé de plusieurs classes a déjà été associé à un risque plus élevé, avec un RR entre 1,16 et 1,37, notamment les diurétiques, les anticholinergiques et les antipsychotiques. Pendant les vagues de chaleur, le risque d'hospitalisation pour cause de chaleur a augmenté de 21 à 33 pour 100 selon les différentes classes analysées.

Cela ne signifie pas que ces médicaments doivent être suspendus en été. L'arrêt brutal comporte ses propres risques, y compris celui de rechute, et l'étude Medicare n'a pas été conçue pour guider cette décision. Ce qui change, c'est la vigilance : les personnes qui prennent ces classes doivent savoir que la chaleur est un risque supplémentaire et avoir un plan pour les jours chauds.

Groupe Ce que montrent les études Ce qu'il faut faire en pratique
Personnes âgées atteintes de trouble mental Hospitalisations plus nombreuses pendant les vagues de chaleur ; le froid est aussi un risque Demander comment se passent la ventilation, l'hydratation et qui accompagne la personne
Schizophrénie et autres psychoses Plus d'hospitalisations et plus de décès liés à la chaleur dans plusieurs études Mesurer la température à chaque agitation aiguë en été
Enfants et adolescents Recours aux soins plus nombreux, surtout entre 6 et 11 ans Inclure la chaleur dans l'évaluation d'une aggravation comportementale
Usage d'anticholinergiques, d'antipsychotiques ou de diurétiques Plus d'hospitalisations pour maladie liée à la chaleur Plan pour les jours chauds, sans arrêter de son propre chef
Risque de suicide Le risque augmente avec la température dans plusieurs pays Renforcer le suivi et le contact pendant les périodes de chaleur

Qui est le plus vulnérable

Les études varient, mais certains groupes reviennent souvent. Les personnes atteintes de schizophrénie apparaissent dans presque toutes les analyses comme plus sensibles, avec plus d'hospitalisations et plus de décès (Hansen et collaborateurs, 2008 ; Bundo et collaborateurs, 2021). L'explication probable combine l'effet des médicaments, la difficulté à percevoir et à signaler l'inconfort et les conditions de logement.

Les personnes âgées apparaissent comme un groupe vulnérable dans de vastes revues (Byun et collaborateurs, 2024) et dans une partie des études brésiliennes (da Silva et collaborateurs, 2020), bien que l'étude la plus récente de Curitiba ait trouvé le schéma inverse (Corvetto et collaborateurs, 2023). Les enfants et les adolescents présentent un risque accru lors des passages aux urgences (Niu et collaborateurs, 2023). Les hommes avaient un IRR plus élevé dans l'étude américaine (Nori-Sarma et collaborateurs, 2022), tandis que les femmes avaient un RR plus élevé dans les deux études de Curitiba (da Silva et collaborateurs, 2020 ; Corvetto et collaborateurs, 2023).

Cette variation rappelle que la vulnérabilité dépend du contexte. Le revenu, le logement, l'accès à la ventilation, le réseau de soutien et le type de service disponible pèsent autant que l'âge ou le sexe.

Ce qu'il faut faire en consultation et aux urgences

La première étape est d'intégrer la chaleur au raisonnement. Face à une aggravation psychiatrique aiguë pendant une période chaude, il vaut la peine de demander comment la personne dort, où elle passe la journée, si elle a accès à de l'eau et à la ventilation et si elle continue de prendre son traitement. Ces questions tiennent en quelques minutes et changent la conduite à tenir.

La deuxième étape est de ne pas séparer le mental et le physique. Le patient atteint d'un trouble mental agité par une journée chaude peut avoir de la fièvre, une déshydratation, une maladie liée à la chaleur ou un effet indésirable d'un médicament. La température doit être mesurée tôt. Une peau chaude et sèche, une confusion qui ne correspond pas au comportement habituel du patient ou une rigidité musculaire demandent une évaluation clinique avant d'attribuer le tout au tableau psychiatrique. L'incertitude diagnostique dans ce contexte est réelle, et la meilleure stratégie est de garder les deux hypothèses ouvertes.

La troisième étape est préventive. Pour les personnes qui prennent des anticholinergiques, des antipsychotiques ou des diurétiques, une conversation avant l'été sur les signes d'alerte, l'hydratation et les environnements frais coûte peu. Consigner cette consigne dans le dossier médical aide l'équipe à reprendre le sujet lors des consultations suivantes.

La quatrième étape est la surveillance du suicide. Les données ne permettent pas de dire qu'un patient donné va s'aggraver lors d'une journée chaude, mais elles montrent que le risque populationnel augmente. Dans les services de santé mentale, renforcer les contacts téléphoniques, avancer les rendez-vous de suivi et revoir les plans de sécurité pendant les périodes de chaleur sont des mesures cohérentes avec les données.

Des erreurs qui se répètent

La première erreur est d'attribuer toute agitation estivale au trouble de base. La probabilité pré-test de maladie liée à la chaleur augmente beaucoup chez les patients schizophrènes qui prennent des antipsychotiques pendant une vague de chaleur, et la fièvre peut passer inaperçue quand personne ne mesure la température.

La deuxième erreur est de penser que le problème ne concerne que les personnes âgées. Les données de New York et la revue chez les jeunes montrent un risque clair chez les enfants et les adolescents (Niu et collaborateurs, 2023 ; Lai et collaborateurs, 2026).

La troisième erreur est de conseiller l'arrêt des médicaments à cause de la chaleur. L'étude du Medicare montre un risque associé aux classes, mais ne teste pas l'arrêt, et la rechute a un coût élevé (Layton et collaborateurs, 2020).

La quatrième erreur est d'utiliser un seuil de température fixe. Ce qui compte, c'est la chaleur par rapport à ce à quoi la population est habituée, comme le montrent les percentiles locaux utilisés dans les études (Nori-Sarma et collaborateurs, 2022 ; Corvetto et collaborateurs, 2023).

La cinquième erreur est d'ignorer le froid. La revue chez les personnes âgées a montré que les températures basses sont aussi associées à de moins bons résultats en santé mentale (Byun et collaborateurs, 2024).

Verre d'eau à moitié plein posé sur une table en bois
Verre d'eau. L'hydratation et un environnement frais font partie des consignes données à ceux qui prennent des médicaments augmentant le risque par la chaleur. Crédit : Derek Jensen (Tysto), domaine public, via Wikimedia Commons (page du fichier).

Comment NEXO aide à entraîner ce raisonnement

Dans NEXO, le cas du jour est fictif, avec une présentation clinique réelle et jusqu'à six indices progressifs, et vous proposez le diagnostic en cherchant le code dans la CIM-10.

Les limites d'usage du jeu sont décrites sur la page Économie de NEXO. Si vous faites de la recherche sur l'enseignement du raisonnement clinique, la page pour les Researcher explique comment nous contacter. Les professionnels qui écrivent ou révisent des cas trouvent des informations dans Curator et dans Creators, et les institutions peuvent découvrir la proposition sur la page pour les partenariats. Entraîner le diagnostic différentiel avec des indices et chercher le bon code dans la CIM-10 complètent cet entraînement.

Questions fréquentes

La chaleur augmente-t-elle vraiment les crises psychiatriques ?

Oui, dans les études populationnelles. Les passages aux urgences et les hospitalisations pour troubles mentaux augmentent les jours chauds dans plusieurs pays, dont le Brésil. L'effet est modeste pour chaque personne, mais important une fois additionné dans la population.

Quels troubles semblent les plus sensibles à la chaleur ?

L'effet apparaît dans l'anxiété, l'humeur, l'usage de substances, la schizophrénie, l'automutilation et les troubles du comportement de l'enfance. La schizophrénie ressort nettement dans les hospitalisations et les décès de plusieurs études.

Existe-t-il un lien entre chaleur et suicide ?

Les données montrent que le risque de suicide augmente avec la température dans de nombreux pays, y compris dans des villes brésiliennes. C'est une association populationnelle, qui justifie de renforcer la surveillance pendant les périodes chaudes, mais qui ne prédit pas le risque individuel.

Dois-je arrêter les antipsychotiques en été ?

Pas de sa propre initiative. Ces médicaments sont associés à un risque plus élevé de maladie liée à la chaleur, mais l'arrêt peut provoquer une rechute. La voie à suivre est la surveillance, l'hydratation, un environnement frais et un plan convenu avec le médecin.

Pourquoi les enfants sont-ils touchés ?

Ils dépendent des adultes pour se protéger de la chaleur et expriment souvent leur inconfort par le comportement. À New York, la tranche des 6 à 11 ans a connu la plus forte augmentation des passages aux urgences les jours chauds.

Messages à retenir

  • La chaleur augmente les passages aux urgences et les hospitalisations pour troubles mentaux.
  • L'effet touche plusieurs catégories, de l'anxiété aux psychoses et à l'usage de substances.
  • Le risque de suicide suit la température dans de nombreux pays, dont le Brésil.
  • Les enfants et les jeunes sont aussi vulnérables, pas seulement les personnes âgées.
  • Les anticholinergiques, les antipsychotiques et les diurétiques augmentent le risque de maladie due à la chaleur.
  • Aux urgences d'été, l'agitation psychiatrique exige une température mesurée et une évaluation clinique.

Références

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  2. Bundo M, de Schrijver E, Federspiel A, et al. Ambient temperature and mental health hospitalizations in Bern, Switzerland: A 45-year time-series study. PLoS One. 2021. PMID 34637463.
  3. Byun G, Choi Y, Foo D, et al. Effects of ambient temperature on mental and neurological conditions in older adults: A systematic review and meta-analysis. Environ Int. 2024. PMID 39603080.
  4. Corvetto JF, Federspiel A, Sewe MO, et al. Impact of heat on mental health emergency visits: a time series study from all public emergency centres, in Curitiba, Brazil. BMJ Open. 2023. PMID 38135317.
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