Urgence en vol : le médecin volontaire et le déroutement

Allée d'un avion de ligne vue au ras du sol, avec des rangées de sièges des deux côtés et des lumières au plafond au loin
Sommaire
  1. Pourquoi la cabine d'avion est un scénario de raisonnement clinique
  2. Ce qui se passe souvent à bord
  3. Syncope à bord : le problème le plus fréquent
  4. Respiratoire et cardiaque : quand l'altitude de la cabine pèse
  5. Le kit de bord et ce qu'il permet
  6. Le soutien médical au sol
  7. La décision de dérouter le vol
  8. Biais fréquents dans la prise en charge à bord
  9. Comment NEXO aide à entraîner ce raisonnement
  10. Questions fréquentes
  11. Checklist finale
  12. Références

Deux heures après le décollage, lors d'un vol de nuit au-dessus de l'océan, l'équipage demande par le système de sonorisation s'il y a un professionnel de santé à bord. Une médecin se lève et trouve, près du couloir, un homme d'un peu plus de soixante ans, pâle et en sueur, qui dit avoir perdu connaissance pendant quelques secondes en revenant des toilettes. Il est maintenant éveillé, il parle et veut retourner à son siège. L'hôtesse demande si l'avion doit atterrir. La scène est fictive et a été écrite pour l'enseignement. Ce texte utilise ce tableau comme scénario de raisonnement clinique : ce qui se passe habituellement à bord, ce que l'altitude de la cabine change, sur quels moyens la médecin peut compter et comment la décision de dérouter le vol est prise en commun.

NEXO est un jeu quotidien de diagnostic médical : un cas clinique par jour, jusqu'à six indices progressifs et un retour de proximité dans la CIM-10 sur cinq niveaux.

Le texte évite d'être un protocole. Chaque compagnie aérienne a ses propres procédures, et la responsabilité légale du volontaire varie selon le pays. L'intérêt ici est le raisonnement : comment évaluer quelqu'un dans un environnement exigu, bruyant et avec peu d'instruments, et comment transformer cette évaluation en une recommandation utile pour ceux qui décident de la route de l'avion. Si vous jouez le cas du jour dans NEXO, vous reconnaîtrez le mouvement : peu d'indices, peu de temps et une décision qui doit être suffisamment bonne.

Points principaux

  • Les urgences médicales à bord des vols commerciaux sont fréquentes, et la syncope ou la quasi-syncope est le motif le plus courant dans les grandes séries publiées.
  • La cabine est pressurisée comme si l'avion se trouvait à une altitude modérée, ce qui réduit la saturation en oxygène des passagers en bonne santé et peut décompenser ceux qui ont déjà une maladie cardiaque ou pulmonaire.
  • Le médecin volontaire travaille avec le kit de bord, avec l'équipage et, en général, avec un service médical au sol qui oriente par radio ou par satellite.
  • La décision de dérouter le vol revient au commandant de bord, prise avec la recommandation médicale, le soutien au sol et des facteurs opérationnels comme la distance, la météo et les ressources de l'aéroport.
  • Les tableaux ayant la plus grande probabilité d'hospitalisation après l'atterrissage incluent une suspicion d'AVC, des symptômes respiratoires et des symptômes cardiaques.

Pourquoi la cabine d'avion est un scénario de raisonnement clinique

Peterson et ses collaborateurs ont analysé 11.920 appels d'urgence médicale adressés à un centre de soutien au sol par cinq compagnies aériennes et ont estimé une urgence tous les 604 vols (Peterson et collaborateurs, 2013). Avec des millions de vols par an, cela signifie que de nombreux professionnels de santé entendront, à un moment ou un autre, la demande d'aide par le système de sonorisation.

Le scénario réunit presque toutes les difficultés du raisonnement clinique en environnement extrême. L'espace est petit, la lumière est mauvaise, le bruit gêne l'auscultation et le patient parle souvent une autre langue. L'histoire peut venir d'un accompagnant effrayé. Les examens disponibles sont peu nombreux. Et la décision finale, atterrir ou poursuivre, a des conséquences pour des centaines de personnes. En même temps, le problème clinique est souvent courant : malaise, essoufflement, douleur thoracique, nausée. Le défi est d'appliquer un raisonnement connu dans des conditions qui n'aident pas.

Ce que le volontaire apporte à la scène

Martin-Gill et ses collaborateurs ont passé en revue la prise en charge des urgences en vol et décrivent le rôle du professionnel volontaire : évaluer le passager, utiliser le kit de bord, communiquer les constatations à l'équipage et travailler avec le service médical au sol, qui oriente les soins et aide à la décision de déroutement (Martin-Gill et collaborateurs, 2018). Cocks et Liew soulignent que le volontaire n'a pas besoin d'agir seul, car l'équipage et d'autres sources d'aide sont disponibles, et il n'a pas besoin de travailler seul (Cocks et Liew, 2007).

Pour le raisonnement clinique, cela a une conséquence pratique. Le volontaire n'a pas besoin de poser un diagnostic définitif. Il doit répondre à des questions plus simples : le tableau est-il grave maintenant, peut-il s'aggraver dans les prochaines heures et qu'est-ce qui change si l'avion atterrit plus tôt ? Ces questions rappellent celles du triage et celles de la téléconsultation, où la décision dépend plus du risque que du nom exact de la maladie.

Un environnement qui modifie la physiologie

La cabine est pressurisée, mais pas au niveau de la mer. Martin-Gill et ses collaborateurs rappellent que la pression de la cabine en vol de croisière correspond souvent à une altitude entre cinq mille et huit mille pieds, ce qui réduit la pression partielle d'oxygène de l'air inspiré (Martin-Gill et collaborateurs, 2018). Humphreys et ses collaborateurs ont mesuré la saturation de passagers sains sur des vols commerciaux et ont trouvé une moyenne de 97 au sol et de 93 en croisière, avec 54 passagers sur 100 atteignant 94 ou moins pendant le vol (Humphreys et collaborateurs, 2005).

Pour une personne en bonne santé, cette baisse passe inaperçue. Pour qui vit déjà à la limite, avec une maladie pulmonaire chronique, une insuffisance cardiaque ou une anémie, elle peut faire la différence entre aller bien et se décompenser. Le gaz présent dans les espaces fermés du corps se dilate aussi avec la baisse de pression, ce qui compte chez qui a été opéré récemment ou a un pneumothorax non diagnostiqué. L'Organisation mondiale de la santé tient une page consacrée à la santé en voyage, avec des orientations générales pour qui va prendre l'avion (OMS, santé et voyages).

Passagère vue de dos regardant par le hublot d'un avion, avec l'aile et des nuages en arrière-plan
En vol de croisière, la cabine est pressurisée comme à une altitude modérée, et l'oxygénation de chaque passager baisse un peu. Crédit : Tim Gouw punttim, CC0 (licence), via Wikimedia Commons (page du fichier).

Ce qui se passe souvent à bord

Le taux de base des plaintes à bord est le point de départ du raisonnement. Dans la série de Peterson et ses collaborateurs, la syncope ou la quasi-syncope a représenté 37 appels sur 100, les symptômes respiratoires 12 sur 100 et les nausées ou vomissements environ 10 sur 100 (Peterson et collaborateurs, 2013). Sand et ses collaborateurs, dans une série européenne de 10.189 prises en charge, ont trouvé la syncope ou l'évanouissement dans environ 54 appels sur 100 (Sand et collaborateurs, 2009).

Le tableau ci-dessous organise les plaintes les plus fréquentes de façon didactique. Il simplifie un domaine vaste et doit être lu avec les sources citées dans le texte.

Plainte à bord Causes fréquentes Ce qui demande une attention plus grande
Évanouissement ou quasi-évanouissement Réflexe vasovagal, déshydratation, alcool, longues périodes assis Douleur thoracique, palpitations, évanouissement sans avertissement, essoufflement persistant
Essoufflement Asthme, maladie pulmonaire chronique, anxiété, hypoxie relative de la cabine Saturation qui ne s'améliore pas sous oxygène, douleur thoracique, jambe gonflée
Douleur thoracique Reflux, douleur musculaire, anxiété Douleur en étau, sueurs froides, irradiation, antécédent de maladie coronarienne
Nausées et vomissements Mal des transports, alimentation, gastro-entérite Douleur abdominale intense, signes de déshydratation importante
Symptômes neurologiques Hypoglycémie, migraine, syncope Faiblesse d'un côté, parole altérée, visage dévié
Convulsion Épilepsie connue, privation de sommeil, alcool Première crise, crise prolongée, non-récupération de la conscience

Ce qui se passe après l'atterrissage

Peterson et ses collaborateurs ont aussi suivi l'issue. Un médecin à bord a aidé dans environ 48 appels sur 100, l'avion a été dérouté dans environ 7 sur 100, environ 26 passagers sur 100 ont été conduits à l'hôpital, environ 9 sur 100 ont été hospitalisés et les décès sont restés sous 1 sur 100 (Peterson et collaborateurs, 2013). Les auteurs ont identifié que la suspicion d'AVC, les symptômes respiratoires et les symptômes cardiaques figuraient parmi les tableaux avec la plus grande probabilité d'hospitalisation (Peterson et collaborateurs, 2013).

Ces chiffres aident à calibrer la décision. La plupart des urgences à bord se terminent bien, avec le passager rétabli avant l'atterrissage. Une petite partie a besoin d'un hôpital en urgence. Le travail du volontaire est d'identifier dans quel groupe se trouve le passager devant lui.

Stéthoscope posé sur une surface en bois clair, avec le tube enroulé autour du pavillon
Le stéthoscope fait souvent partie du kit de bord, mais le bruit de la cabine peut gêner l'auscultation, et l'examen repose davantage sur l'observation. Crédit : Laurel L. Russwurm from Canada, CC BY 2.0 (licence), via Wikimedia Commons (page du fichier).

Syncope à bord : le problème le plus fréquent

Revenons au passager de la scène. Il a perdu connaissance quelques secondes en revenant des toilettes, il est pâle et en sueur, et maintenant il parle normalement. D'après le taux de base, l'explication la plus probable est un évanouissement réflexe : beaucoup de temps assis, peu d'eau, peut-être de l'alcool, se lever vite dans un environnement moins oxygéné. Cette hypothèse est raisonnable et, le plus souvent, correcte.

Le raisonnement, cependant, ne s'arrête pas à l'hypothèse la plus probable. La question suivante est : qu'est-ce qui serait grave et doit être écarté ? Dans le malaise, les causes graves incluent l'arythmie, l'infarctus, l'embolie pulmonaire, l'hémorragie interne et l'AVC. Certains indices aident à séparer les groupes : un malaise pendant un effort ou sans aucun avertissement, une douleur thoracique, des palpitations avant l'événement, un essoufflement persistant, des antécédents de maladie cardiaque et un âge plus avancé augmentent l'inquiétude.

Ce que l'on peut examiner

Avec le kit de bord, l'évaluation comprend souvent le pouls, la pression artérielle, la fréquence respiratoire, la couleur de la peau, le niveau de conscience et, lorsque c'est disponible, la glycémie et l'oxymétrie de pouls. Martin-Gill et ses collaborateurs décrivent que le contenu du kit varie selon la réglementation de chaque pays, et que certains vols disposent aussi d'un défibrillateur externe automatisé (Martin-Gill et collaborateurs, 2018). Gendreau et DeJohn rapportent que l'autorité de l'aviation des États-Unis exige un kit médical d'urgence depuis 1986 dans les avions commerciaux de plus de 30 sièges et qu'elle exige un défibrillateur depuis 2004 (Gendreau et DeJohn, 2002).

Allonger le passager, s'il y a de la place, et surélever ses jambes aide souvent dans le malaise réflexe et sert aussi de test : celui qui s'améliore vite et reste amélioré a un profil différent de celui qui reste pâle, avec un pouls irrégulier ou une pression basse.

La question qui change la décision

Pour l'équipage, l'important est de savoir si le passager a besoin d'un hôpital avant la destination. Pour le volontaire, cela se traduit par deux questions : l'état est-il stable et en amélioration, et y a-t-il un signe de cause grave ? Si la réponse est oui à la première et non à la seconde, poursuivre le voyage sous observation est souvent raisonnable. S'il y a des signes d'alarme, la recommandation d'atterrir prend du poids. L'article sur l'incertitude diagnostique discute comment décider quand l'information disponible est incomplète.

Respiratoire et cardiaque : quand l'altitude de la cabine pèse

Peterson et ses collaborateurs ont montré que les symptômes respiratoires et cardiaques figurent parmi ceux qui mènent le plus à une hospitalisation après l'atterrissage (Peterson et collaborateurs, 2013). Dans ces cas, l'hypoxie relative de la cabine peut faire partie du problème et faire partie de la solution.

L'essoufflement qui ne s'améliore pas

Un passager atteint d'une maladie pulmonaire chronique peut arriver à ses limites en croisière, même sans aucun événement nouveau. Un autre peut avoir de l'asthme déclenché par le stress ou l'air sec. Un troisième peut avoir une embolie pulmonaire après des heures assis. L'oxygène disponible à bord aide le premier groupe et donne le temps de réfléchir au troisième. La réponse à l'oxygène est elle-même un indice : celui qui s'améliore vite et reste amélioré a un profil différent de celui qui reste essoufflé même sous oxygène.

La douleur thoracique en altitude

Dans la douleur thoracique, la question centrale est de savoir s'il peut s'agir d'un syndrome coronarien aigu. L'histoire, l'âge, les facteurs de risque et l'aspect du patient pèsent plus que tout examen disponible à bord. La réduction d'oxygène dans la cabine peut aggraver une ischémie qui existait déjà. L'oxygène, le repos et les médicaments disponibles dans le kit sont les outils, et la décision de dérouter entre tôt dans la conversation avec le soutien au sol quand la suspicion est forte.

Vanne métallique d'une bouteille d'oxygène médical vue de près, avec les orifices du raccord de sécurité
Les avions commerciaux emportent de l'oxygène supplémentaire à usage médical, et la réponse du passager à l'oxygène est un indice utile pour le raisonnement. Crédit : Peter Southwood, CC0 (licence), via Wikimedia Commons (page du fichier).

Le kit de bord et ce qu'il permet

Martin-Gill et ses collaborateurs décrivent que les autorités de l'aviation définissent un contenu minimal pour le kit médical de bord, qui comprend des instruments pour mesurer les signes vitaux, des médicaments d'usage courant en urgence et du matériel pour l'accès veineux, avec des variations entre pays (Martin-Gill et collaborateurs, 2018). Connaître le kit avant d'en avoir besoin aide à organiser le raisonnement : ce que l'on peut mesurer définit les hypothèses que l'on peut tester.

Le kit permet souvent :

  • de mesurer la pression artérielle et la fréquence cardiaque ;
  • d'ausculter le cœur et les poumons, quand le bruit le permet ;
  • d'offrir de l'oxygène supplémentaire ;
  • d'administrer des médicaments d'usage courant en urgence, selon ce qui est disponible ;
  • d'utiliser le défibrillateur externe automatisé quand l'avion en emporte un ;
  • de mesurer la glycémie et la saturation, quand il y a des appareils pour cela.

Ce qui manque

Ce qui manque oriente aussi le raisonnement. À bord, il n'y a pas de bilan de laboratoire complet, ni d'imagerie, ni d'électrocardiogramme à douze dérivations dans la plupart des vols. Cela signifie que certaines hypothèses graves ne peuvent être ni confirmées ni écartées avec certitude avant l'atterrissage. Quand une hypothèse grave reste plausible et ne peut pas être testée, c'est un argument en faveur d'un atterrissage plus précoce.

Le soin apporté aux médicaments du passager lui-même

Beaucoup de passagers emportent leurs médicaments en bagage cabine. Les interroger à ce sujet et, quand c'est possible, regarder les emballages apporte des informations précieuses : la prise d'un anticoagulant, d'insuline, de nitrates, d'un bronchodilatateur ou d'un médicament pour le cœur modifie le diagnostic différentiel et, parfois, offre un traitement immédiat que le kit de bord ne contient pas.

Le soutien médical au sol

Beaucoup de compagnies aériennes font appel à des services médicaux qui répondent par radio ou par satellite pendant le vol. Martin-Gill et ses collaborateurs décrivent que le volontaire transmet ses constatations à l'équipage, qui communique avec le soutien au sol, et que ce service oriente les soins et participe à la recommandation de déroutement (Martin-Gill et collaborateurs, 2018).

Comment transmettre le cas

La communication avec le soutien au sol tient à la fois de la téléconsultation et de la transmission de relève. Une structure simple aide :

  1. Qui est le passager : âge, sexe et maladies connues.
  2. Ce qui s'est passé : le motif, quand cela a commencé et comment cela a évolué.
  3. Ce qui a été trouvé : signes vitaux, examen et réponse à ce qui a déjà été fait.
  4. Ce qui inquiète : l'hypothèse grave qui n'a pas encore été écartée.
  5. Ce qui est proposé : observer, traiter ou recommander un atterrissage.

Cette structure aide l'interlocuteur à comprendre le risque en quelques secondes. Elle oblige aussi le volontaire à organiser son propre raisonnement, ce qui est déjà une forme de pause diagnostique.

Partager la décision

Cocks et Liew soulignent que le volontaire ne doit pas se sentir seul dans la décision, car elle est partagée avec l'équipage et avec le soutien au sol, et que le risque médico-légal pour celui qui aide de bonne foi est faible (Cocks et Liew, 2007). Martin-Gill et ses collaborateurs rappellent que la protection juridique du volontaire varie selon le pays (Martin-Gill et collaborateurs, 2018). Les aspects juridiques sortent du cadre de ce texte, et ceux qui voyagent souvent peuvent demander l'avis du conseil professionnel de leur propre pays.

La décision de dérouter le vol

Dérouter un avion est une décision opérationnelle à composante médicale. Martin-Gill et ses collaborateurs rapportent un déroutement dans environ 4 urgences sur 100 dans la littérature examinée (Martin-Gill et collaborateurs, 2018), et Sand et ses collaborateurs ont trouvé un déroutement dans environ 3 prises en charge sur 100 dans la série européenne (Sand et collaborateurs, 2009).

Ce qui entre dans la décision

La recommandation médicale est une partie de la décision. Hors de certaines situations de sécurité, la décision de dérouter revient au commandant de bord (SKYbrary, Diversion). Nable et ses collaborateurs décrivent que cette décision revient uniquement au commandant de bord et qu'elle tient compte du carburant, des frais d'exploitation, de la capacité de l'avion à atterrir à l'aéroport le plus proche et des ressources médicales disponibles sur place (Nable et collaborateurs, 2015). Gendreau et DeJohn ajoutent que le médecin du service au sol peut orienter sur le déroutement et sur les lieux d'atterrissage possibles (Gendreau et DeJohn, 2002). Le commandant de bord prend aussi en compte la distance et le temps jusqu'à l'aéroport de dégagement et jusqu'à la destination, les ressources médicales disponibles près de chaque aéroport, la météo, le carburant, le poids de l'avion à l'atterrissage, la sécurité des autres passagers et l'orientation du service médical au sol.

Pour le volontaire, la question utile est : qu'est-ce que ce passager gagne avec un hôpital deux ou trois heures plus tôt ? En cas de suspicion d'AVC, d'infarctus ou d'hémorragie grave, le gain peut être important. Dans une syncope réflexe déjà améliorée, le gain est généralement faible.

L'erreur de ne penser qu'à l'atterrissage

Une erreur fréquente est de réduire la décision à un oui ou non. En pratique, il existe des options intermédiaires : poursuivre avec une observation et réévaluer toutes les demi-heures, préparer une équipe médicale pour le débarquement, convenir avec le soutien au sol d'un critère d'aggravation qui conduit au déroutement. Définir ce critère à l'avance, par exemple une nouvelle perte de conscience ou une chute de la pression, donne une direction à l'observation. Le post sur la prise de décision clinique aide à penser des conduites comme des choix avec des risques et des bénéfices.

Biais fréquents dans la prise en charge à bord

Croskerry a décrit comment les erreurs cognitives mènent à des erreurs diagnostiques et a proposé des stratégies pour les réduire (Croskerry, 2003). Graber et ses collaborateurs ont montré que des facteurs cognitifs, comme la fermeture prématurée, sont présents dans une bonne partie des erreurs diagnostiques en médecine interne (Graber et collaborateurs, 2005). La cabine d'avion favorise certains de ces biais.

Le « ce n'était qu'un malaise »

Comme la syncope réflexe est l'explication la plus courante, elle tend à arriver en premier et à rester. Quand le passager se réveille et discute, la sensation de soulagement favorise la fermeture prématurée. L'antidote est de demander ce qu'il faudrait observer pour changer d'avis : douleur thoracique, palpitations, malaise sans avertissement, antécédents cardiaques. Le post sur les heuristiques dans le raisonnement clinique montre comment des raccourcis utiles peuvent tromper.

La pression du contexte

Le volontaire peut se sentir poussé à ne pas perturber le voyage de centaines de personnes ou, au contraire, à recommander l'atterrissage par insécurité. Les deux réflexes sont compréhensibles, et le meilleur remède pour les deux est de revenir aux questions centrales : quel est le risque maintenant, quel est le risque dans les prochaines heures et qu'est-ce qui change avec l'atterrissage. La décision partagée avec l'appui au sol aide à réduire le poids individuel.

L'ancrage dans le récit de l'accompagnant

La première histoire, souvent racontée par un accompagnant effrayé, peut ancrer le raisonnement. Écouter aussi le passager lui-même, quand c'est possible, et confirmer la succession des faits aide à éviter qu'un détail erroné oriente toute l'évaluation.

Comment NEXO aide à entraîner ce raisonnement

Dans NEXO, le cas du jour est fictif, avec une présentation clinique réelle et jusqu'à six indices progressifs. Vous proposez un diagnostic en cherchant le code dans la CIM-10 et vous recevez un retour de proximité en cinq niveaux, qui montre si le Sans hypothèse est resté dans le code exact, la même catégorie, le même groupe, le même chapitre ou un autre chapitre. Ce format fait écho au thème de ce texte : avec peu d'indices et peu de temps, le retour de proximité montre si vous êtes resté dans le bon chapitre.

Pour utiliser le cas du jour comme entraînement, essayez trois habitudes. Avant chaque Sans hypothèse, écrivez l'hypothèse la plus probable et l'hypothèse grave qu'il faut encore écarter. Quand un indice semble résoudre le cas, demandez ce qu'il laisse sans explication. Après le résultat, notez quel indice aurait changé votre décision plus tôt.

Trois exercices avec des cas

Pensez comme un volontaire. Imaginez que vous n'avez que le pouls, la tension, la saturation et l'histoire. Quelles hypothèses pouvez-vous distinguer avec cela ?

Passez le cas. Résumez le cas en cinq lignes, comme si vous parliez à l'appui au sol, et voyez si l'hypothèse grave apparaît dans le résumé.

Définissez le critère. Pour chaque cas, écrivez le signe qui vous ferait recommander un atterrissage immédiat.

Le post sur la simulation de prise en charge montre pourquoi répéter des situations rares aide à mieux agir quand elles se produisent.

Les limites d'usage du jeu sont décrites sur la page Économie de NEXO. Si vous faites de la recherche sur l'enseignement du raisonnement clinique, la page pour les Researcher explique comment prendre contact. Les professionnels qui écrivent ou révisent des cas trouvent des informations dans Curator et dans Creators, et les institutions peuvent découvrir la proposition sur la page pour les partenariats.

Questions fréquentes

Quelle est l'urgence médicale la plus courante en vol ?

Dans les grandes séries publiées, la syncope ou la quasi-syncope est la plainte la plus fréquente. Les symptômes gastro-intestinaux et respiratoires viennent ensuite, dans un ordre qui varie selon les séries.

Pourquoi des passagers en bonne santé ont-ils une saturation plus basse en vol ?

Parce que la cabine est pressurisée comme à une altitude modérée, ce qui réduit la pression de l'oxygène dans l'air respiré. Chez les personnes en bonne santé, cette baisse est généralement bien tolérée.

Que trouve le médecin volontaire dans le kit de bord ?

En général, des instruments pour mesurer les signes vitaux, de l'oxygène, des médicaments d'usage courant en urgence et du matériel pour un accès veineux. Le contenu varie selon la réglementation de chaque pays.

Qui décide si l'avion va dévier ?

Le commandant décide, sur la base de la recommandation du volontaire, de l'orientation du service médical au sol et de facteurs opérationnels comme la distance, la météo et les ressources de l'aéroport.

Quels tableaux pèsent le plus en faveur de l'atterrissage ?

Suspicion d'AVC, douleur thoracique avec profil de maladie coronarienne, essoufflement qui persiste même sous oxygène, saignement important et perte de conscience qui se répète ou qui ne se rétablit pas.

Le volontaire doit-il poser le diagnostic ?

Il doit estimer le risque et répondre si le passager est stable, s'il peut s'aggraver et ce qu'il gagne à rejoindre un hôpital plus tôt. Ces réponses orientent la décision partagée.

Checklist finale

  • J'ai pris en compte le taux de base des plaintes à bord avant de poser l'hypothèse.
  • J'ai écrit à côté de l'hypothèse la plus probable l'hypothèse grave à écarter.
  • Je me suis rappelé que la cabine réduit l'oxygénation et peut décompenser des maladies préexistantes.
  • J'ai utilisé la réponse à l'oxygène et au repos comme indice.
  • J'ai transmis le cas au soutien au sol avec une structure claire.
  • J'ai défini avec l'équipe un critère d'aggravation qui conduit au déroutement.

Vous voulez pratiquer le raisonnement avec des indices progressifs ? Jouez le cas du jour.

Références

  1. Cocks R, Liew M. Commercial aviation in-flight emergencies and the physician. Emerg Med Australas. 2007. PMID 17305654.
  2. Croskerry P. The importance of cognitive errors in diagnosis and strategies to minimize them. Acad Med. 2003. PMID 12915363.
  3. Gendreau MA, DeJohn C. Responding to medical events during commercial airline flights. N Engl J Med. 2002. PMID 11932475.
  4. Graber ML, Franklin N, Gordon R. Diagnostic error in internal medicine. Arch Intern Med. 2005. PMID 16009864.
  5. Humphreys S, Deyermond R, Bali I, et al. The effect of high altitude commercial air travel on oxygen saturation. Anaesthesia. 2005. PMID 15819766.
  6. Martin-Gill C, Doyle TJ, Yealy DM. In-Flight Medical Emergencies: A Review. JAMA. 2018. PMID 30575886.
  7. Nable JV, Tupe CL, Gehle BD, Brady WJ. In-Flight Medical Emergencies during Commercial Travel. N Engl J Med. 2015. PMID 26332548.
  8. Peterson DC, Martin-Gill C, Guyette FX, et al. Outcomes of medical emergencies on commercial airline flights. N Engl J Med. 2013. PMID 23718164.
  9. Sand M, Bechara FG, Sand D, Mann B. Surgical and medical emergencies on board European aircraft: a retrospective study of 10189 cases. Crit Care. 2009. PMID 19154581.
  10. SKYbrary Aviation Safety. Diversion. skybrary.aero.
  11. Organisation mondiale de la Santé. Travel and health. who.int.

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