Peau du voyageur : larva migrans, tungose et myiase

Sommaire
- Pourquoi la peau du voyageur mérite attention
- Larva migrans cutanée : la trace qui démange
- Tungose : la puce qui entre dans le pied
- Myiase : la larve qui forme un furoncle
- Prévention : ce qu'il faut conseiller avant le voyage
- Les études en bref
- Comment NEXO aide à entraîner ce raisonnement
- Questions fréquentes
- Messages à retenir
- Inventaire des étapes clés
- Références
Dans un cas fictif, un homme de 31 ans revient de dix jours sur une plage des Caraïbes avec une ligne rouge, fine et sinueuse sur la plante du pied. Il raconte que la démangeaison le réveille la nuit et que la ligne semble « avancer » un peu chaque jour. Le même après-midi, la clinique reçoit une étudiante revenue d'un volontariat en Afrique de l'Est avec un point sombre et douloureux à côté de l'ongle du gros orteil, et un biologiste qui a passé un mois en Amazonie avec un nodule au bras qui « bouge » et laisse échapper un liquide clair.
Ces trois tableaux sont des exemples de dermatoses parasitaires que le voyageur rapporte chez lui : larva migrans cutanée, tungose et myiase. Ce texte rassemble ce que montrent les études de surveillance des voyageurs, les cohortes en communautés endémiques, les essais de traitement et les revues systématiques sur la façon de reconnaître, traiter et prévenir chacune d'elles. Dans chaque partie, le texte précise le plan et la taille des études et sépare ce qui a été mesuré de ce qui relève de notre inférence.
Points principaux
- Dans une clinique de voyageurs en France, 201 patients sur 1.025 avaient des dermatoses, et les parasitaires représentaient 36 de ces tableaux (Blaizot et al., 2020).
- La larva migrans cutanée forme un trajet sinueux qui avance de 2 à 3 millimètres par jour, avec une démangeaison qui perturbe le sommeil (Boggild et al., 2025).
- Pour la tungose, la revue systématique a trouvé des preuves suffisantes en faveur des agents occlusifs, surtout les produits à base de diméticone (Tardin Martins et al., 2021).
- Dans la revue sur la myiase en Afrique subsaharienne, la plupart des patients étaient des voyageurs revenant de la région (Jallow et al., 2024).
- Les trois maladies pèsent sur la qualité de vie, avec démangeaison, douleur, perte de sommeil et honte (Schuster et al., 2011 ; Wiese et al., 2018).
- Pourquoi la peau du voyageur mérite attention
- Larva migrans cutanée : la trace qui démange
- Tungose : la puce qui entre dans le pied
- Myiase : la larve qui forme un furoncle
- Prévention : ce qu'il faut conseiller avant le voyage
- Les études en résumé
- Comment NEXO aide à entraîner ce raisonnement
- Questions fréquentes
- Messages à retenir
- Inventaire des étapes
Pourquoi la peau du voyageur mérite attention
La peau est l'un des motifs de consultation les plus fréquents après un voyage, et le diagnostic dépend de la combinaison de l'aspect de la lésion avec la destination, l'activité et le temps écoulé depuis le retour. L'étude de Bordeaux, fondée sur le réseau de surveillance GeoSentinel, a suivi 1.025 voyageurs reçus entre août 2015 et mars 2018, dont 201 avaient des dermatoses (Blaizot et al., 2020).
Qui revient avec des problèmes de peau
Les patients avec dermatoses avaient plus de chances d'avoir plus de 60 ans (OR de 1,88 ; IC à 95 pour cent de 1,22 à 2,89), de voyager comme touristes (OR de 3,04 ; IC à 95 pour cent de 2,03 à 4,55) et d'être allés en Amérique du Sud (OR de 2,18 ; IC à 95 pour cent de 1,29 à 3,67) (Blaizot et al., 2020). Ils avaient aussi moins de chances d'avoir reçu des conseils avant le voyage (OR de 0,53 ; IC à 95 pour cent de 0,31 à 0,91) (Blaizot et al., 2020).
Les infections bactériennes de la peau étaient les plus fréquentes, avec 19,4 pour cent des tableaux, suivies par l'infection à Zika, avec 18,4 pour cent (Blaizot et al., 2020). Parmi les 36 dermatoses parasitaires, l'éruption serpigineuse était la plus fréquente, avec 19 patients, dont 15 avec une larva migrans due à un ankylostome ; la myiase est apparue chez cinq, deux par Dermatobia hominis et trois par Cordylobia anthropophaga (Blaizot et al., 2020).
Cinq questions qui orientent le raisonnement
Comme synthèse de notre part à partir des sources, cinq questions aident à distinguer les tableaux de ce texte d'autres lésions de peau rapportées de voyage :
- Où la personne a marché ou s'est allongée sans protection, comme le sable de plage, la terre battue ou un sol avec des excréments d'animaux (Reichert et al., 2016).
- Si la lésion se déplace, comme le trajet de la larva migrans, ou reste fixe, comme le nodule de la tungose et le furoncle de la myiase (Boggild et al., 2025).
- S'il existe un orifice central, présent dans la tungose et la myiase furonculoïde (Feldmeier et al., 2014 ; Jallow et al., 2024).
- Quand les symptômes ont commencé par rapport au retour, puisque la démangeaison de la larva migrans peut durer des semaines (Boggild et al., 2025).
- S'il y a eu des conseils avant le voyage, ce qui était moins fréquent chez ceux revenus avec une dermatose (Blaizot et al., 2020).
Cette liste est un guide de notre cru et n'a pas été testée comme outil diagnostique. Fièvre, taches diffuses ou ulcères demandent un autre raisonnement, comme celui de fièvre chez le voyageur et celui de lésions cutanées dues à mpox.
Larva migrans cutanée : la trace qui démange
La larva migrans cutanée est une zoonose causée, le plus souvent, par des larves d'ankylostomes de chiens et de chats, comme Ancylostoma caninum et Ancylostoma braziliense (Boggild et al., 2025). Les œufs sortent dans les selles des animaux, éclosent en un jour dans le sable ou le sol et, en une semaine, deviennent des larves capables de traverser la peau intacte (Boggild et al., 2025). L'être humain est un hôte accidentel, et la larve reste piégée dans l'épiderme.
Comment le reconnaître
Le signe typique est un trajet surélevé et serpigineux qui avance en moyenne de 2 à 3 millimètres par jour, presque toujours au pied ou aux fesses, qui sont les zones en contact avec le sable (Boggild et al., 2025). La démangeaison est intense, perturbe le sommeil et la concentration et peut durer toute la vie de la larve, en moyenne de cinq à six semaines, avec des cas rapportés d'un an ou plus (Boggild et al., 2025).
Dans une communauté pauvre de Manaus, une étude transversale portant sur 806 habitants a trouvé une larva migrans chez 8,2 pour cent (IC à 95 pour cent de 6,3 à 10,1) de la population, avec un pic de 18,2 pour cent chez les enfants de 10 à 14 ans (Reichert et al., 2016). La plupart des trajets se trouvaient aux pieds, 62,4 pour cent, et 10,6 pour cent étaient infectés par des bactéries (Reichert et al., 2016).
Les facteurs liés à la maladie étaient un âge inférieur à 15 ans, le sexe masculin, des selles d'animaux dans la cour, la marche pieds nus sur un sol sablonneux et la pauvreté (Reichert et al., 2016). Les auteurs concluent que réduire la charge de la maladie exige d'améliorer les conditions de vie, et ce regard sur l'animal, l'environnement et la personne est celui de One Health.
Le voyageur des Caraïbes
La surveillance canadienne CanTravNet, avec huit centres, a reçu 17 644 voyageurs entre 2009 et 2018, et 328 d'entre eux, 1,9 pour cent, sont revenus des Caraïbes avec une larva migrans (Boggild et al., 2025). L'âge médian était de 34 ans, les femmes représentaient 58 pour cent et 95 pour cent voyageaient pour le tourisme (Boggild et al., 2025).
La Jamaïque était l'origine la plus fréquente, avec 216 patients, 67 pour cent, suivie de la Barbade, avec 8 pour cent, et de la République dominicaine, avec 7 pour cent (Boggild et al., 2025). La part des larvas migrans importées qui venait des Caraïbes est passée de 9 pour cent en 2016 à 24,5 pour cent en 2018 (Boggild et al., 2025). Les auteurs demandent plus d'attention de la part des médecins et des voyageurs et un accès plus facile au traitement.
Aussi hors des tropiques
La larva migrans ne se limite pas aux tropiques. Un voyageur néerlandais de 40 ans s'est infecté après deux semaines de camping sur les plages de Bretagne, en France, et a d'abord été traité comme une cellulite, avec un antibiotique, avant de recevoir de l'ivermectine, qui a arrêté la démangeaison et la progression de la lésion (Tamminga et al., 2009). Les auteurs citent des cas similaires en Allemagne, en Angleterre, en Écosse et dans le sud de la France.
Une revue systématique sur le risque professionnel, partie d'un éleveur de chiens du sud de l'Italie, a inclus 12 articles et désigne les éleveurs, les agriculteurs et les jardiniers comme des groupes exposés au sol contaminé (Stufano et al., 2022). Comme hypothèse de notre part, la question sur le voyage ne suffit pas, et l'histoire professionnelle et le contact avec les animaux orientent aussi le diagnostic.
Traiter et ce qu'il faut attendre
L'albendazole et l'ivermectine sont les deux traitements les plus reconnus, et l'ivermectine a été considérée comme première ligne dans la surveillance canadienne (Boggild et al., 2025). Les auteurs rapportent que, dans des cohortes antérieures au Canada, la médiane des symptômes avant une prise en charge ou un traitement efficace dépassait souvent un mois (Boggild et al., 2025).
L'impact du traitement a été mesuré à Manaus avec un indice de qualité de vie dermatologique chez 91 patients (Schuster et al., 2011). Au diagnostic, 91,5 pour cent présentaient une réduction considérable de la qualité de vie, et la démangeaison, la perte de sommeil et la honte étaient rapportées par 93,4, 73,6 et 64,8 pour cent, respectivement (Schuster et al., 2011). Quatre semaines après l'ivermectine, 73,3 pour cent considéraient leur qualité de vie revenue à la normale (Schuster et al., 2011).
L'étude n'avait pas de groupe témoin, et une partie de l'amélioration peut refléter l'évolution naturelle de la maladie. Le trajet qui démange peut aussi être confondu avec d'autres parasitoses qui donnent une lésion migratoire et une éosinophilie, revues dans éosinophilie du voyageur et dans anguillulose.

Tungose : la puce qui entre dans le pied
La tungose est causée par la femelle de la puce Tunga penetrans, qui pénètre dans la peau et y reste jusqu'à sa mort, quatre à six semaines plus tard (Feldmeier et al., 2014). Par les derniers segments de l'abdomen, la puce maintient une ouverture de 250 à 500 micromètres pour respirer, déféquer et expulser des œufs, qui sert de porte d'entrée aux bactéries (Feldmeier et al., 2014).
Où elle vit et qui tombe malade
Le cycle de la puce implique les personnes, les animaux domestiques et les animaux sauvages, et dans les maisons au sol en terre battue, courantes dans les zones pauvres d'Amérique du Sud et d'Afrique subsaharienne, il peut s'accomplir à l'intérieur du logement (Feldmeier et al., 2014). Les auteurs indiquent qu'il n'existe pas de données fiables sur l'occurrence au niveau national ou régional, et que les plus touchés sont les strates les plus pauvres (Feldmeier et al., 2014).
Des bactéries aérobies et anaérobies, dont des clostridies, ont déjà été isolées de puces incrustées (Feldmeier et al., 2014). Les auteurs émettent aussi l'hypothèse que l'extraction à domicile avec des épingles, des aiguilles ou des épines non stérilisées, partagées entre voisins, puisse transmettre des virus par le sang, comme les hépatites B et C ; ce lien est une hypothèse des auteurs, sans mesure directe (Feldmeier et al., 2014).
Le poids pour l'enfant
Au Kenya, un indice de qualité de vie adapté à la tungose a été appliqué à 50 enfants de communautés pauvres du littoral (Wiese et al., 2018). Au diagnostic, 78 pour cent ont rapporté un effet modéré à très important sur la qualité de vie, et la perturbation du sommeil et la difficulté de concentration ont été les restrictions les plus fréquentes, avec 86 et 84 pour cent (Wiese et al., 2018).
Le degré de préjudice suivait le nombre de puces vivantes, la gravité de l'inflammation et l'intensité de la douleur, et la qualité de vie s'est améliorée quatre semaines après le traitement (Wiese et al., 2018). L'article de revue rappelle aussi que les enfants atteints de tungose sont moqués au Kenya et qu'au Brésil et au Nigeria, les patients subissent une stigmatisation sociale (Feldmeier et al., 2014).
Comme hypothèse de notre part, le voyageur a généralement peu de lésions et un accès rapide aux soins, ce qui diffère de l'enfant d'une zone endémique avec une infestation répétée. La gravité dans les communautés pauvres peut ne pas s'appliquer directement au touriste, et cette différence n'a pas été mesurée dans les sources.
Traiter : extraction, occlusion et diméticone
La revue systématique de Tardin Martins et ses collègues est partie de 3 376 références et a inclus 19 articles, dont neuf essais cliniques ; seuls deux avaient un faible risque de biais et trois, un risque quelconque (Tardin Martins et al., 2021). Les deux études avec médicaments oraux, niridazole et ivermectine, ont eu des résultats décevants (Tardin Martins et al., 2021).
Six essais ont évalué des produits topiques, et les deux avec des composés de diméticone ont rapporté une réduction des lésions et une guérison, sans réactions indésirables importantes (Tardin Martins et al., 2021). L'extraction chirurgicale, la méthode la plus utilisée, n'a été évaluée que dans des études observationnelles, et les auteurs concluent qu'il existe des preuves suffisantes en faveur des agents occlusifs, surtout ceux à base de diméticone (Tardin Martins et al., 2021).
L'étude de preuve de principe au Kenya a comparé la diméticone au permanganate de potassium, le traitement local de routine, chez 47 écoliers, chaque pied recevant l'un des produits (Thielecke et al., 2014). Sept jours plus tard, 78 pour cent (IC 95 pour cent de 67 à 86) des puces traitées à la diméticone avaient perdu les signes de vie, contre 39 pour cent (IC 95 pour cent de 28 à 52) avec le permanganate (Thielecke et al., 2014). Un des auteurs a déclaré des honoraires du fabricant du produit testé, ce qui doit peser dans la lecture.
Un essai pilote randomisé à Homa Bay, également au Kenya, a comparé la diméticone à deux composants au carbonate de sodium à 5 pour cent chez 23 enfants de 3 à 13 ans, avec 126 puces (Suzuki et al., 2024). Au septième jour, les puces mortes étaient de 87 pour cent avec la diméticone et de 64 pour cent avec le carbonate, avec une valeur de p de 0,01, et il n'y avait pas de différence sur l'inflammation, la douleur ou les démangeaisons (Suzuki et al., 2024).
Les auteurs rappellent que la diméticone à deux composants est le seul traitement recommandé par l'OMS, mais qu'elle n'était pas disponible au Kenya, et demandent des études plus grandes (Suzuki et al., 2024). Pour le voyageur qui revient avec une ou deux lésions, la décision pratique se situe entre l'extraction stérile et l'occlusion, et le tétanos mérite une vérification comme pour toute plaie, thème abordé dans plaies après inondations.

Myiase : la larve qui forme un furoncle
La myiase est l'infestation de tissus vivants par des larves de mouches. La revue systématique de l'Afrique subsaharienne a réuni 75 articles, de 1959 à 2022, avec 157 patients (Jallow et al., 2024). Onze espèces de mouches ont été identifiées, et Cordylobia anthropophaga, la mouche tumbu, était la plus fréquente, avec 104 patients, 66,2 pour cent (Jallow et al., 2024).
Le voyageur qui revient d'Afrique
La plupart des patients, 122 sur 157, soit 77,7 pour cent, étaient des voyageurs revenant de la région, et la myiase cutanée était la forme la plus fréquente, avec 54,7 pour cent (Jallow et al., 2024). La revue réunit des cas publiés, et tend donc à montrer davantage le voyageur pris en charge dans un pays riche que le résident local.
La femelle de la mouche tumbu pond de 100 à 300 œufs dans un sol souillé d'urine ou de selles ou sur des vêtements humides, surtout ceux qui sèchent à l'ombre, et les larves pénètrent dans les parties du corps en contact avec ce tissu (Jallow et al., 2024). La revue conseille donc d'éviter de s'allonger au sol et de faire sécher le linge sur un fil à l'ombre ou sur des buissons, et de repasser les vêtements et le linge de lit après le lavage (Jallow et al., 2024).
Le retrait de la larve est au centre du traitement, par pression manuelle, par méthode mécanique ou par chirurgie, et des substances occlusives, comme la paraffine, sont appliquées sur l'orifice central pour asphyxier la larve (Jallow et al., 2024). Des antibiotiques ont été utilisés chez une partie des patients (Jallow et al., 2024). Les auteurs signalent que les cliniciens de la région se trompent souvent de diagnostic et ne savent pas identifier les larves.
Le voyageur qui revient des Amériques
En Équateur, une revue de cas cliniques et de données du ministère de la Santé a identifié quatre mouches chez 39 patients, 29 décrits dans la littérature et 10 pris en charge par les auteurs eux-mêmes (Calvopina et al., 2020). Dermatobia hominis, la mouche ver macaque, a causé des lésions furonculoïdes chez 17 patients, 43,5 pour cent, sur la côte pacifique et en Amazonie (Calvopina et al., 2020).
Cochliomyia hominivorax, la mouche de la lucilie bouchère, a causé 15 infestations, 38 pour cent, dans des plaies et des cavités comme l'orbite, le nez, l'oreille et le vagin, dont une plaie acquise à l'hôpital (Calvopina et al., 2020). Huit patients, 21 pour cent, étaient des touristes, et l'ivermectine, lorsqu'elle a été disponible, a été utilisée avec succès sur des lésions furonculoïdes, des plaies et des cavités (Calvopina et al., 2020).
Les données officielles de 2013 à 2015 ont enregistré 2 187 notifications, avec l'incidence annuelle la plus élevée en Amazonie, de 23 pour 100 000 habitants (Calvopina et al., 2020). Au Mexique, un rapport de trois patients atteints de Dermatobia hominis, deux avec une infestation locale dans le sud du pays et un avec une infestation rapportée du Costa Rica, montre que la myiase apparaît aussi hors des zones endémiques à cause des voyages (Toussaint-Caire et al., 2018).
Furoncle qui ne guérit pas
Le furoncle de la myiase est souvent traité comme une infection bactérienne jusqu'à ce que quelqu'un remarque l'orifice et le mouvement de la larve. Comme hypothèse de notre part, un furoncle qui ne guérit pas sous antibiotique chez un voyageur revenu d'Afrique ou d'Amérique latine doit faire évoquer le diagnostic, de la même manière que la larve migrans de Bretagne a d'abord été traitée comme une cellulite (Tamminga et al., 2009).
La myiase des plaies, comme celle de la lucilie, a un autre profil et se rattache aux plaies ouvertes, aux cavités et aux personnes dont les soins sont précaires (Calvopina et al., 2020). Les plaies qui s'aggravent vite après un contact avec de l'eau de mer chaude demandent un autre raisonnement, abordé dans Vibrio et plaies.

Prévention : ce qu'il faut conseiller avant le voyage
Les conseils avant le voyage ont été moins fréquents chez les voyageurs revenus avec une dermatose (Blaizot et al., 2020). Les sources de ce texte décrivent des facteurs de risque et des habitudes liés à chaque parasite, et nous réunissons, en synthèse personnelle, cinq conseils qui s'appuient sur elles :
- Porter des chaussures sur le sable et sur la terre, car marcher pieds nus sur un sol sablonneux a été un facteur de risque de larva migrans (Reichert et al., 2016).
- Éviter de s'allonger directement sur le sable des plages fréquentées par les chiens et les chats, car les larves viennent des excréments de ces animaux (Boggild et al., 2025).
- Examiner ses pieds chaque jour dans les zones de tungose, surtout autour des ongles, et consulter pour une extraction stérile (Feldmeier et al., 2014).
- Sécher le linge au soleil, loin des buissons, et le repasser en Afrique subsaharienne (Jallow et al., 2024).
- Consulter au retour en cas de trajet qui démange, de nodule avec un orifice ou de furoncle qui ne guérit pas (Calvopina et al., 2020).
Les études citées n'ont pas testé ces conseils comme intervention chez les voyageurs, et la force de chacun vient d'études sur les facteurs de risque et le cycle de vie. La consultation avant le voyage est aussi le moment de revoir les vaccins et les autres risques, comme le montrent la femme enceinte qui va voyager et le texte sur les maladies négligées.
Les études en bref
| Étude | Plan, échantillon et unité | Résultat principal |
|---|---|---|
| Blaizot 2020 | Cohorte prospective GeoSentinel, Bordeaux, 1 025 voyageurs ; unité voyageur | 201 avec dermatoses, 36 parasitaires |
| Boggild 2025 | Surveillance CanTravNet, 17 644 voyageurs ; unité voyageur | 328 avec larva migrans venue des Caraïbes |
| Reichert 2016 | Étude transversale, Manaus, 806 habitants ; unité personne | Prévalence de 8,2 pour cent, plus élevée chez les enfants |
| Schuster 2011 | Cohorte sans témoin, Manaus, 91 patients ; unité patient | Qualité de vie normale chez 73,3 pour cent après l'ivermectine |
| Tamminga 2009 | Observation d'un patient, Bretagne ; unité patient | Larva migrans acquise en Europe |
| Stufano 2022 | Revue systématique, 12 articles ; unité article | Risque professionnel chez ceux qui travaillent avec le sol et les animaux |
| Feldmeier 2014 | Revue d'experts ; unité non applicable | Cycle à l'intérieur du foyer, stigmatisation et manque de données |
| Wiese 2018 | Cohorte, Kenya, 50 enfants ; unité enfant | Effet modéré à très grand chez 78 pour cent |
| Tardin Martins 2021 | Revue systématique, 19 articles ; unité étude | Preuves en faveur des occlusifs à la diméticone |
| Thielecke 2014 | Essai de preuve de principe, Kenya, 47 écoliers ; unité puce | Diméticone 78 contre 39 pour cent |
| Suzuki 2024 | Essai pilote randomisé, Kenya, 23 enfants ; unité puce | Diméticone 87 contre 64 pour cent |
| Jallow 2024 | Revue systématique, 75 articles, 157 patients ; unité patient | Mouche tumbu chez 66,2 pour cent, majoritairement des voyageurs |
| Calvopina 2020 | Revue de cas rapportés et de notifications, Équateur ; unité patient | Berne et lucilie ; 21 pour cent chez les touristes |
| Toussaint-Caire 2018 | Série de trois patients, Mexique ; unité patient | Berne locale et importée |
Sources : Blaizot et al., 2020 ; Boggild et al., 2025 ; Reichert et al., 2016 ; Schuster et al., 2011 ; Tamminga et al., 2009 ; Stufano et al., 2022 ; Feldmeier et al., 2014 ; Wiese et al., 2018 ; Tardin Martins et al., 2021 ; Thielecke et al., 2014 ; Suzuki et al., 2024 ; Jallow et al., 2024 ; Calvopina et al., 2020 ; Toussaint-Caire et al., 2018.
Comment NEXO aide à entraîner ce raisonnement
Dans NEXO, le cas du jour est fictif, avec une présentation clinique réelle et jusqu'à six indices progressifs, et vous proposez le diagnostic en cherchant le code dans la CIM-10. Un indice peut apporter « touriste de 28 ans, revenu d'une plage tropicale, démangeaison intense au pied » ; un autre, « trajet fin et sinueux qui avance de quelques millimètres par jour ». Le retour de proximité en cinq niveaux aide à distinguer larva migrans, tungose, myiase, gale et infection bactérienne de la peau, sans transformer l'exercice en protocole.
Questions fréquentes
La larva migrans se transmet-elle d'une personne à l'autre ?
Les sources décrivent l'infection par l'entrée de larves présentes dans le sol ou le sable contaminés par des excréments de chiens et de chats, l'être humain étant un hôte accidentel (Boggild et al., 2025).
Combien de temps dure la démangeaison de la larva migrans sans traitement ?
En moyenne de cinq à six semaines, la durée de vie de la larve, mais des cas d'un an ou plus sont rapportés (Boggild et al., 2025).
L'ivermectine orale traite-t-elle la tungose ?
Les deux études avec des médicaments oraux, dont l'une avec de l'ivermectine, ont donné des résultats décevants dans la revue systématique, et les preuves favorisent les occlusifs à la diméticone (Tardin Martins et al., 2021).
Comment la mouche-tumbu arrive-t-elle sur la peau ?
La femelle pond des œufs dans un sol contaminé ou sur des vêtements mouillés qui sèchent à l'ombre, et les larves pénètrent dans la peau qui touche ce tissu (Jallow et al., 2024).
La larva migrans ne survient-elle que sous les tropiques ?
Des cas d'infection acquise en Europe sont rapportés, comme celui de Bretagne, ainsi qu'un risque professionnel dans le sud de l'Italie (Tamminga et al., 2009 ; Stufano et al., 2022).
Messages à retenir
- Les dermatoses sont fréquentes chez le voyageur, et les parasitaires représentaient 36 patients sur 201 dans une clinique française (Blaizot et al., 2020).
- Le trajet serpigineux qui avance et démange évoque une larva migrans, avec l'ivermectine et l'albendazole comme traitements les plus reconnus (Boggild et al., 2025).
- Dans la tungose, les preuves favorisent les occlusifs à la diméticone, avec de petits essais au Kenya (Tardin Martins et al., 2021 ; Suzuki et al., 2024).
- Un furoncle avec un orifice chez une personne revenue d'Afrique ou des Amériques évoque une myiase, traitée par l'extraction de la larve (Jallow et al., 2024).
- Le port de chaussures, la prudence avec le sable et le repassage des vêtements sont des conseils fondés sur des études de risque, pas sur des essais (Reichert et al., 2016).
Inventaire des étapes clés
- 2009 : un cas de larva migrans acquise en Bretagne confirme que la maladie existe aussi en Europe (Tamminga et al., 2009).
- 2011 : une étude à Manaus mesure la qualité de vie dans la larva migrans et son amélioration après l'ivermectine (Schuster et al., 2011).
- 2014 : une étude de preuve de principe au Kenya teste la diméticone dans la tungose (Thielecke et al., 2014).
- 2021 : une revue systématique conclut en faveur des occlusifs à la diméticone dans la tungose (Tardin Martins et al., 2021).
- 2024 : un essai pilote randomisé compare la diméticone et le carbonate de sodium chez des enfants kényans (Suzuki et al., 2024).
Références
- Blaizot R, Ouattara E, Receveur MC, et al. Dermatoses in international travellers seen at Bordeaux teaching hospital travel clinic, 2015-2018: a GeoSentinel-based study. Clin Exp Dermatol. 2020;45(5):580-583. PMID: 31916616. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7317537/
- Boggild A, Bierbrier R, Libman M, et al. Cutaneous larva migrans in Canadian travellers returning from the Caribbean: A 10-year surveillance analysis from CanTravNet. Can Commun Dis Rep. 2025;51(5):179-186. PMID: 40831490. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC12360410/
- Reichert F, Pilger D, Schuster A, et al. Prevalence and Risk Factors of Hookworm-Related Cutaneous Larva Migrans (HrCLM) in a Resource-Poor Community in Manaus, Brazil. PLoS Negl Trop Dis. 2016;10(3):e0004514. PMID: 27010204. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4807001/
- Schuster A, Lesshafft H, Talhari S, et al. Life quality impairment caused by hookworm-related cutaneous larva migrans in resource-poor communities in Manaus, Brazil. PLoS Negl Trop Dis. 2011;5(11):e1355. PMID: 22087341. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3210737/
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