Handicap et catastrophes : évacuation et abri

Sommaire
- Pourquoi les personnes handicapées meurent davantage lors des catastrophes
- Alerte et communication accessibles
- Évacuation et transport
- Triage et prise en charge des traumatismes
- Un abri accessible
- Rétablissement et santé mentale
- Ce qu'il faut recommander, avec l'OMS comme axe
- Comment NEXO aide à entraîner ce raisonnement
- Questions fréquentes
- Messages à retenir
- Références
Dans un cas fictif, un homme de 58 ans atteint d'une lésion médullaire thoracique arrive dans un abri deux jours après une inondation. Il utilise un fauteuil roulant motorisé et vit seul. L'eau est entrée au rez-de-chaussée de l'immeuble, l'ascenseur s'est arrêté et il a attendu presque un jour jusqu'à ce que des voisins le descendent par l'escalier. Le fauteuil motorisé est resté derrière, avec le chargeur et le coussin. Dans l'abri, il reçoit un matelas au sol, près de la porte. Les toilettes ont une marche. Au triage d'arrivée, l'équipe note « sans plaintes », parce qu'il ne signale pas de douleur.
La scène réunit presque toutes les défaillances que décrit la littérature. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) affirme que les personnes handicapées doivent être prises en compte dans la prévention et la réponse aux urgences sanitaires parce qu'elles ont plus de chances d'être touchées, de façon directe et indirecte (OMS, Disability). La même organisation montre que le risque ne vient pas seulement du corps : il vient d'avertissements qui n'arrivent pas, de transports qui n'existent pas, d'abris avec des marches et de décisions prises par des personnes qui ne voient pas ces personnes.
Ce texte prend les publications de l'OMS comme axe et réunit des revues de plusieurs continents pour répondre à deux questions : pourquoi les personnes handicapées meurent davantage et se rétablissent moins bien après des catastrophes, et ce qui change au triage et dans l'abri pour réduire cet écart.
Points principaux
- Environ 1,3 milliard de personnes, soit 16 pour cent de la population mondiale, vivent avec un handicap significatif (OMS, Disability).
- Lors du séisme et du tsunami de 2011 au Japon, le taux de mortalité parmi les personnes handicapées enregistrées par le gouvernement a été de 2,06 pour cent, le double des 1,03 pour cent de la population générale (OMS, Guidance Note, 2013).
- L'OMS avertit que des attitudes négatives envers le handicap peuvent affecter de façon significative les décisions sur qui est priorisé dans une urgence (OMS, Guidance Note, 2013).
- Des abris sans rampes et sans toilettes accessibles, ainsi que la discrimination et la violence à l'intérieur de ceux-ci, apparaissent de façon répétée dans la littérature (Nguyen-Trung et al., 2025).
- Dans une étude citée dans une revue sur les inondations en Australie rurale, les personnes handicapées ont eu plus d'interruption de l'accès aux soins de santé et plus de déplacement pendant plus de six mois que les autres (Del Prete et al., 2025).
- Pourquoi les personnes handicapées meurent davantage lors des catastrophes
- Alerte et communication accessibles
- Évacuation et transport
- Triage et prise en charge des traumatismes
- Abri accessible
- Rétablissement et santé mentale
- Ce qu'il faut orienter, avec l'OMS comme axe
- Comment NEXO aide à entraîner ce raisonnement
- Questions fréquentes
- Take-home messages
Pourquoi les personnes handicapées meurent davantage lors des catastrophes
Le handicap, dans la définition adoptée par l'OMS, naît de l'interaction entre une condition de santé et l'environnement : barrières physiques, de communication et d'attitude. La note descriptive de l'organisation rappelle que certaines personnes handicapées meurent jusqu'à 20 ans avant la population générale et ont le double du risque de dépression, d'asthme, de diabète et d'AVC (OMS, Disability). Ce point de départ est déjà défavorable avant toute inondation ou tout séisme.
La catastrophe amplifie ce désavantage. La note technique de l'OMS sur le handicap et la gestion des risques dans les urgences décrit trois mécanismes centraux : la personne peut perdre des dispositifs d'assistance, comme des lunettes, des appareils auditifs et des aides à la mobilité, peut se retrouver sans médicaments et peut être laissée derrière quand la communauté évacue (OMS, Guidance Note, 2013). Le chiffre japonais de 2011, avec une mortalité deux fois plus élevée parmi les personnes enregistrées comme handicapées, illustre le résultat.
La revue de Peek et Stough, écrite dans la perspective de la vulnérabilité sociale, organise les facteurs pour les enfants handicapés : pauvreté, plus grande exposition au risque, séparation des aidants et surcharge des parents. Les autrices estiment à 200 millions le nombre d'enfants handicapés dans le monde et soutiennent qu'ils peuvent avoir des issues plus défavorables lors de catastrophes à moins que des protections spécifiques existent (Peek et Stough, 2010). C'est une synthèse conceptuelle, qui extrapole à partir d'études portant sur d'autres groupes, et parle donc de risque probable, et non d'effet mesuré.
Invisibilité avant la catastrophe
L'OMS désigne l'invisibilité comme un problème de fond : les personnes handicapées ne sont souvent pas identifiées dans les registres communautaires ni dans les systèmes d'enregistrement des personnes déplacées (OMS, Guidance Note, 2013). Celles qui n'apparaissent pas dans le registre restent hors de la liste de transport et des visites.
Une étude menée en Assam, en Inde, a montré comment cet écart persiste même lorsque la politique existe. Les auteurs rappellent que les exercices et les alertes ne sont en général pas accessibles, qu'il manque un enregistrement et une cartographie des personnes handicapées et que les services de secours, comme l'eau, l'assainissement et l'abri, sont rarement adaptés ; en Assam, ils ont trouvé un décalage entre les directives de réduction des risques de catastrophe et ce qui est fait en pratique, la réponse aux inondations s'appuyant sur des savoirs locaux et non sur des mesures institutionnelles (Doll et al., 2025).
Le handicap que crée la catastrophe
La catastrophe produit aussi de nouveaux handicaps. L'OMS cite des données de certains pays qui suggèrent que jusqu'à un quart des handicaps peut être associé à des blessures et à la violence, et décrit que les catastrophes causent fractures, brûlures, lésions médullaires, amputations et traumatismes crâniens, avec d'éventuelles limitations physiques, cognitives, sensorielles et psychologiques par la suite (OMS, Guidance Note, 2013). La revue de Stough et de ses collaborateurs sur les enfants cite le même phénomène : les catastrophes augmentent l'incidence du handicap (Stough et al., 2017). Qui organise la réponse doit penser à deux populations : celles qui vivaient déjà avec un handicap et celles qui se mettent à vivre avec lui à partir de l'événement.
Alerte et communication accessibles
Le premier maillon de la chaîne est de savoir que le danger arrive. Peek et Stough décrivent que les personnes handicapées peuvent ne pas recevoir ou ne pas comprendre les avis et les alertes, et que les personnes aveugles ou sourdes ne reçoivent souvent pas les messages d'alerte à temps (Peek et Stough, 2010). La revue rapide de Nguyen-Trung et de ses collaborateurs, qui a réuni 33 études et entretiens au Vietnam, détaille le problème par type de handicap : les personnes ayant un handicap auditif perdent les alertes sonores et ont du mal à communiquer avec les secouristes ; les personnes ayant un handicap visuel dépendent de messages parlés et de l'aide d'autres personnes (Nguyen-Trung et al., 2025).
La revue de portée de Matsuo et de ses collaborateurs a trouvé le même décalage entre le moyen de communication et le besoin : la radio pour les personnes ayant un handicap visuel, le texte pour celles ayant un handicap auditif et des ressources de localisation pour celles ayant une double déficience sensorielle (Matsuo et al., 2025). La revue sur les pays en développement d'Uddin et de ses collaborateurs ajoute que les lunettes, les appareils auditifs et les fauteuils roulants facilitent l'accès à l'avis et à l'évacuation (Uddin et al., 2024).
L'OMS liste des formats qui aident le message à parvenir à tous : la langue des signes, les images et le langage simple, parler lentement et montrer l'action attendue, l'audio pour celles qui ne voient pas, le braille et les gros caractères (OMS, Guidance Note, 2013). Utiliser plusieurs canaux pour la même alerte évite que quelqu'un dépende d'un seul sens.
Pour la personne ayant un handicap intellectuel, la difficulté peut être de comprendre ce qui se passe. Rohwerder décrit que ces personnes peuvent être angoissées dans l'urgence et que les sirènes, les lumières clignotantes et la présence d'inconnus et de secouristes peuvent gêner, plutôt qu'aider, l'évacuation (Rohwerder, 2026). Expliquer calmement et annoncer ce qui va se passer fait partie des soins.
Évacuation et transport
Quitter son logement à temps dépend du transport, de l'aide et d'un chemin sans obstacles. L'OMS note que le transport inaccessible est 15 fois plus difficile pour les personnes handicapées que pour les autres (OMS, Disability). En situation de catastrophe, cet obstacle quotidien devient une question de survie.
La revue de Matsuo et de ses collaborateurs a réuni 20 études sur l'évacuation des populations vulnérables et a identifié un problème récurrent : la dépendance envers des aidants eux aussi touchés par l'événement, ce qui retarde le départ (Matsuo et al., 2025). Les auteurs rapportent que 41 pour cent des personnes âgées restées sur place lors de l'ouragan Katrina ont cité le manque de transport comme motif principal, que les personnes dépendant d'un ventilateur avaient besoin de véhicules équipés, en général rares dans l'urgence, et ils suggèrent des partenariats avec des services de transport adapté.
La revue de Del Prete et de ses collaborateurs, portant sur 98 études consacrées aux inondations dans les pays à revenu élevé, rapporte qu'environ 700 ascenseurs à l'arrêt pendant l'ouragan Sandy ont laissé des habitants en situation de handicap bloqués dans leurs immeubles (Del Prete et al., 2025). La même revue a trouvé des personnes qui ont décidé de ne pas évacuer parce qu'elles savaient que les abris n'étaient pas accessibles.
Lésion médullaire et mobilité réduite
La revue narrative de Shah et de ses collaborateurs, portant sur 12 articles consacrés aux lésions médullaires et aux événements climatiques, décrit des risques qui vont au-delà du déplacement (Shah et al., 2026). La personne atteinte d'une lésion médullaire a une thermorégulation altérée et peut présenter une dysréflexie autonome. Les coupures d'électricité déchargent la batterie des fauteuils motorisés, l'eau endommage les fauteuils roulants et les débris bloquent le passage. Les auteurs soulignent que le sentiment d'être préparé ne correspond pas à la préparation réelle, avec une médiane de 3 sur 10 dans l'une des études, et que la majeure partie de la recherche vient des pays du Nord.
La même revue cite une enquête mondiale du bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe dans laquelle seulement 26 pour cent des personnes en situation de handicap ont déclaré qu'elles pourraient évacuer immédiatement, et 84 pour cent n'avaient pas de plan personnel de préparation (Shah et al., 2026). Il s'agit d'une citation secondaire, et la donnée provient d'une auto-déclaration.
Qui s'occupe de qui
La séparation entre la personne en situation de handicap et son aidant est un risque en soi. Peek et Stough signalent la séparation d'avec les aidants comme facteur de vulnérabilité pour les enfants (Peek et Stough, 2010), et la revue d'Uddin et de ses collaborateurs associe cette séparation au stress post-traumatique et à la dépression (Uddin et al., 2024). L'OMS recommande de réunir la personne avec son aidant le plus vite possible (OMS, Guidance Note, 2013).
Les récits d'expériences antérieures renforcent l'alerte. Peek et Stough citent des reportages sur des personnes en situation de handicap physique et cognitif laissées pour compte lors des inondations de 2000 au Mozambique et au Zimbabwe (Peek et Stough, 2010). La revue sur le handicap intellectuel décrit que les médicaments et les dispositifs d'assistance restent souvent à la maison dans la précipitation du départ (Rohwerder, 2026).

Triage et prise en charge des traumatismes
Les algorithmes de triage avec de multiples victimes, comme START et SALT, classent selon la gravité physiologique. Le risque pour la personne en situation de handicap se situe ailleurs : dans le jugement humain qui accompagne tout algorithme. La note technique de l'OMS affirme que des attitudes négatives à l'égard du handicap peuvent influencer de manière significative les décisions sur les personnes prioritaires pendant les urgences (OMS, Guidance Note, 2013).
Il existe des signes concrets de ce biais. Pendant la pandémie de covid-19, Rohwerder rapporte des plaintes concernant les critères de triage et les ordres de ne pas réanimer appliqués à des personnes en situation de handicap intellectuel (Rohwerder, 2026). La note descriptive de l'OMS rappelle que la résolution WHA74.8 demande une protection égale pour les personnes en situation de handicap lors des urgences sanitaires (OMS, Disability).
En pratique, le critère reste l'état clinique actuel, et le handicap préexistant ne doit pas, en soi, faire baisser la priorité. Il vaut la peine de demander comment la personne se déplaçait et communiquait avant l'événement, de se rappeler que la personne sourde peut avoir des difficultés à communiquer avec les secouristes (Nguyen-Trung et al., 2025) et de réunir la personne avec son aidant le plus vite possible (OMS, Guidance Note, 2013).
Traumatismes, lésions médullaires et réadaptation
L'annexe consacrée aux traumatismes de la note technique de l'OMS donne des orientations directes aux équipes de prise en charge de multiples victimes (OMS, Guidance Note, 2013). L'équipe doit être formée à reconnaître une lésion médullaire et un traumatisme crânien, à mobiliser et à transporter en sécurité les personnes atteintes d'une lésion médullaire et à orienter les lésions catastrophiques vers des services capables de les traiter. La prévention des escarres et des infections urinaires fait partie de la routine dès le premier jour, tout comme la présence de professionnels de la réadaptation dans les équipes d'urgence et le stock de fauteuils roulants et de béquilles.
La même annexe demande des consignes de soins des plaies en langage simple (OMS, Guidance Note, 2013). Pour le patient du cas, cela signifie examiner la peau, s'enquérir du cathéter et du transit intestinal et se rappeler qu'il peut ne pas sentir une lésion en formation. La capacité de pointe de l'hôpital doit inclure des lits et des équipements pour les personnes à mobilité réduite.
Un abri accessible
L'abri est le lieu où l'inégalité apparaît le plus visiblement. La revue de Nguyen-Trung et de ses collaborateurs décrit des abris sans rampes et sans toilettes accessibles, ainsi que des récits de discrimination et de violence sexuelle envers les personnes handicapées dans ces espaces (Nguyen-Trung et al., 2025). Peek et Stough signalaient aussi le manque d'abris accessibles parmi les problèmes rencontrés par les enfants handicapés et leurs familles (Peek et Stough, 2010).
Pour les familles de personnes ayant une déficience intellectuelle, l'abri peut être un problème en soi. Rohwerder décrit que, aux États-Unis et au Japon, les abris collectifs se sont révélés difficiles à supporter pour les enfants ayant une déficience intellectuelle, avec des parents inquiets du comportement de leurs enfants et de la réaction des autres, que ces familles peuvent subir la stigmatisation et la discrimination dans les abris et que, au Vietnam et au Vanuatu, des aidants ont évité les centres d'évacuation en raison de la stigmatisation, de l'intimité et de la sécurité (Rohwerder, 2026).
L'OMS recommande que les abris et les services de santé suivent la conception universelle, soient préparés avant l'urgence et que la reconstruction saisisse l'occasion de reconstruire en mieux (OMS, Guidance Note, 2013). L'annexe d'évaluation de la note propose des questions simples à qui coordonne un abri :
- L'abri est-il accessible à qui utilise un fauteuil roulant ou marche avec difficulté ?
- Les toilettes et les espaces de bain sont-ils accessibles ?
- Y a-t-il du carburant ou un autre moyen de chauffage pour qui a du mal à réguler la température de son corps ?
- Les services de santé atteignent-ils les personnes qui sont dans l'abri, dans les campements et dans les institutions ?
- Quelqu'un a-t-il visité les institutions de la zone pour vérifier s'il y a des personnes oubliées ou abandonnées ?
La note technique liste aussi des fournitures qui manquent souvent : médicaments contre l'épilepsie, le diabète de type 1, la psychose et la dépression, matelas, coussins, bassins de lit, cathéters et dispositifs d'assistance (OMS, Guidance Note, 2013). La continuité des traitements qui maintiennent la vie, comme l'insuline, la dialyse et l'oxygène, fait l'objet d'un autre texte du blog sur les maladies chroniques en situation de catastrophe. Ici, le point est qu'un matelas au sol peut être inutilisable pour qui ne peut pas se relever.
Les obstacles selon le type de handicap
Le tableau résume les obstacles décrits dans les sources et les réponses que l'OMS et les revues suggèrent pour l'abri et le triage.
| Type de handicap | Principal obstacle décrit | Que faire dans l'abri et au triage | Source |
|---|---|---|---|
| Physique ou de mobilité | Obstacles, espaces étroits, ascenseurs à l'arrêt, fauteuils endommagés | Itinéraires et toilettes accessibles, matelas surélevé, recharge des fauteuils motorisés, prévention des lésions de pression | Nguyen-Trung et al., 2025 ; Del Prete et al., 2025 ; Shah et al., 2026 |
| Lésion médullaire | Thermorégulation altérée, dysréflexie autonome, coupure d'électricité | Contrôle de la température, attention aux symptômes autonomes, transport sûr | Shah et al., 2026 ; OMS, 2013 |
| Auditif | Alertes sonores, communication avec les secouristes, perte de l'appareil auditif | Avis visuels et écrits, langue des signes, remplacement de l'appareil | Nguyen-Trung et al., 2025 ; OMS, 2013 |
| Visuel | Messages uniquement visuels, dépendance à l'aide d'autrui, perte des lunettes ou de la canne | Avis en audio, orientation dans l'espace, accompagnant | Nguyen-Trung et al., 2025 ; Uddin et al., 2024 |
| Intellectuel ou cognitif | Compréhension des événements, souffrance et agitation, environnement bruyant | Langage simple, espace plus calme, présence de l'aidant | Rohwerder, 2026 ; Nguyen-Trung et al., 2025 |
| Psychosocial | Interruption du traitement, risque de négligence dans les institutions | Continuité des médicaments, visites régulières dans les institutions | OMS, 2013 |
La revue de Nguyen-Trung et de ses collaborateurs rappelle que la littérature s'est concentrée sur les handicaps de mobilité, ce qui laisse les autres avec moins de données (Nguyen-Trung et al., 2025). Le tableau reflète cette asymétrie.

Rétablissement et santé mentale
Les inégalités persistent après la décrue. La revue de Rohwerder décrit que les personnes ayant une déficience intellectuelle peuvent rencontrer des obstacles importants au rétablissement à long terme : l'accès aux médicaments et aux services de réadaptation peut être interrompu, les enfants qui cessent d'aller à l'école peuvent perdre les progrès accomplis, et le décès, la blessure ou le déplacement de proches et de soignants exige un nouveau réseau de soutien et un accompagnement du deuil (Rohwerder, 2026).
Les données quantitatives sur les inondations vont dans le même sens. Del Prete et ses collaborateurs citent une étude menée en Australie rurale où les personnes handicapées, comparées aux autres, ont subi davantage d'interruptions d'accès aux soins de santé, avec un rapport de cotes de 3,98 (intervalle de confiance à 95 pour cent de 2,82 à 5,60), et davantage de déplacements de plus de six mois, avec un rapport de cotes de 3,78 (intervalle de 2,18 à 6,55) (Del Prete et al., 2025). Dans la même étude, le stress post-traumatique était environ trois fois plus probable chez les personnes handicapées. Il s'agit d'une population spécifique, et les auteurs de la revue notent que les données reliant l'évaluation de la vulnérabilité aux décisions d'hébergement restent limitées.
Enfants handicapés
La revue de Stough, Ducy et Kang sur les enfants handicapés exposés à des catastrophes ou au terrorisme reconnaît que les études sur les effets psychologiques dans ce groupe sont très rares et que les données sur les thérapies du trauma sont limitées (Stough et al., 2017). Avec cette réserve, les auteurs soulignent le rôle de l'école et des enseignants dans le rétablissement, citent la stigmatisation et les conditions de santé comme facteurs qui le compromettent et rappellent que le stress post-traumatique peut se présenter différemment chez les enfants ayant une déficience intellectuelle. Les auteurs observent en outre que presque toutes les études dans ce groupe reposent uniquement sur le récit des parents ou des soignants.
La même revue mentionne que des problèmes de santé préexistants étaient associés à une mortalité plus élevée lors des séismes (Stough et al., 2017). Rohwerder décrit, pour les personnes ayant une déficience intellectuelle, des taux de mortalité et de blessures plus élevés lors des séismes que dans la population générale, ainsi qu'une difficulté à gérer les changements de routine après l'événement, avec un effet négatif sur la santé mentale et le comportement (Rohwerder, 2026).
Soutien psychologique accessible
L'OMS avertit que le risque de négligence grave ou de maltraitance des personnes en institution est extrêmement élevé et recommande de visiter régulièrement les hôpitaux psychiatriques et les résidences pour personnes ayant des troubles mentaux graves, surtout en phase aiguë (OMS, Guidance Note, 2013). Les premiers soins psychologiques après une catastrophe valent pour tous, mais doivent être proposés dans des formats que la personne peut utiliser, avec un interprète en langue des signes, un langage simple ou la présence du soignant. Le texte sur la surdité et la déficience auditive dans la formation médicale aborde des obstacles de communication qui se répètent lors de la prise en charge.
Ce qu'il faut recommander, avec l'OMS comme axe
La note technique de l'OMS rappelle que l'article 11 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées demande aux pays toutes les mesures nécessaires pour garantir la protection et la sécurité de ces personnes dans les situations à risque, y compris les catastrophes naturelles. La même note propose que les personnes handicapées, leurs aidants et leurs organisations représentatives participent aux politiques et aux décisions relatives aux catastrophes, y compris l'évaluation des risques, et que les services parviennent à ceux qui se trouvent dans des abris, des camps et des institutions, avec des aménagements raisonnables (OMS, Guidance Note, 2013).
Pour le service de santé et pour ceux qui soignent, la liste pratique est la suivante :
- identifier dans le registre des patients qui a un handicap et quel soutien il utilise, et inclure cette information dans les systèmes d'enregistrement des personnes déplacées ;
- aider chaque patient à constituer un plan personnel de préparation, avec contacts, liste de médicaments, dispositifs et chargeurs ;
- convenir à l'avance du transport adapté et de la personne qui sera le soignant de relève ;
- garantir que l'alerte parvienne par plus d'un canal et dans un format accessible ;
- organiser l'espace de l'abri avec un itinéraire accessible, des toilettes adaptées et une zone plus calme ;
- noter au triage comment la personne se déplaçait et communiquait avant l'événement.
Del Prete et collaborateurs rapportent que le Japon traite les personnes handicapées comme un groupe prioritaire d'évacuation et utilise des registres et une cartographie géographique pour les localiser (Del Prete et al., 2025). L'étude d'Assam montre le chemin inverse, où l'inclusion prévue dans les directives n'arrive pas à la pratique et les personnes handicapées se retrouvent sans ressources et sans soutien institutionnel (Doll et al., 2025).
Chaleur, climat et handicap
Les événements climatiques extrêmes rendent le sujet plus urgent. Uddin et collaborateurs, dans une revue de 14 articles sur les pays en développement, décrivent une plus grande interruption des soins médicaux pour les personnes handicapées que pour la population générale et rappellent que l'accès à des lunettes, des appareils auditifs et des fauteuils roulants facilite l'alerte et l'évacuation, mais observent que la littérature reste rare (Uddin et al., 2024). Pour les personnes atteintes de lésion médullaire, la difficulté à réguler la température rend les vagues de chaleur et les coupures d'électricité particulièrement dangereuses (Shah et al., 2026). L'effet de la chaleur sur les maladies neurologiques apparaît dans le texte sur chaleur et cerveau, et le soin aux femmes enceintes dans le texte sur chaleur extrême pendant la grossesse.
Retour au cas
L'homme du début est arrivé au refuge sans son fauteuil motorisé, sans son coussin et sans signaler de douleur, et a été classé comme "sans plaintes". Avec le regard de l'OMS, l'évaluation change : demander comment il se déplaçait et comment il prend soin de sa vessie et de ses intestins, examiner la peau des zones d'appui, vérifier la température et les signes de dysréflexie autonome et remplacer les dispositifs d'assistance (OMS, Guidance Note, 2013 ; Shah et al., 2026).
Il a besoin d'un matelas surélevé, d'un accès à des toilettes sans marche et d'un fauteuil roulant prêté jusqu'à ce qu'il récupère le sien. L'inscription au registre des personnes déplacées doit mentionner le handicap, pour que l'équipe de réadaptation et le transport adapté le retrouvent. Le délai d'un jour pour sortir du bâtiment est une donnée pour la préparation de la prochaine saison des pluies.
Comment NEXO aide à entraîner ce raisonnement
Dans NEXO, le cas du jour est fictif, avec une présentation clinique réelle et jusqu'à six indices progressifs, et vous proposez le diagnostic en cherchant le code dans la CIM-10. Percevoir que "sans plaintes" peut cacher une lésion de pression en formation, ou que l'absence de réponse à un ordre peut venir de la surdité, et non d'une baisse de la conscience, exige le même exercice : peser chaque nouvel indice et réviser l'hypothèse, comme dans l'entraînement au diagnostic différentiel avec des indices.
Les limites d'usage du jeu sont décrites sur la page Économie de NEXO. Si vous faites de la recherche sur l'enseignement du raisonnement clinique, la page pour les Researcher explique comment prendre contact. Les professionnels qui écrivent ou révisent des cas trouvent des informations dans Curator et dans Creators, et les institutions peuvent découvrir la proposition sur la page pour les partenariats. Chercher le bon code dans la CIM-10 complète cet entraînement.
Questions fréquentes
Les personnes handicapées meurent-elles vraiment plus lors de catastrophes ?
Les données disponibles indiquent que oui. Lors du séisme et du tsunami de 2011 au Japon, le taux de mortalité parmi les personnes handicapées enregistrées par le gouvernement était de 2,06 pour cent, contre 1,03 pour cent dans la population générale (OMS, Guidance Note, 2013). La revue de Rohwerder sur le handicap intellectuel décrit aussi une mortalité plus élevée lors des séismes (Rohwerder, 2026).
Pourquoi certaines personnes handicapées ne vont-elles pas au refuge ?
Beaucoup savent que le refuge n'aura ni rampe, ni toilettes accessibles, ni espace calme. Del Prete et collaborateurs décrivent des personnes qui ont décidé de ne pas évacuer pour cette raison (Del Prete et al., 2025), et Rohwerder rapporte des familles qui évitent les centres d'évacuation à cause de la stigmatisation et de l'environnement (Rohwerder, 2026).
Le handicap doit-il changer la priorité au triage ?
Le critère doit être l'état clinique actuel, et le handicap préalable seul n'indique ni gravité ni mauvais pronostic. L'OMS avertit que des attitudes négatives peuvent fausser les décisions de priorisation (OMS, Guidance Note, 2013), et la résolution WHA74.8 demande une protection égale dans les urgences (OMS, Disability).
De quoi un refuge a-t-il besoin pour accueillir des personnes handicapées ?
Itinéraires et sanitaires accessibles, communication sous plus d'un format, matelas et coussins, cathéters et dispositifs d'assistance, médicaments à usage continu et accès aux services de santé et de réadaptation, selon la note technique de l'OMS (OMS, Guidance Note, 2013).
Existe-t-il des données probantes sur le traitement du traumatisme psychologique chez les enfants en situation de handicap ?
Les données probantes sont limitées. La revue de Stough et de ses collaborateurs indique que les études sur les effets psychologiques chez les enfants en situation de handicap sont très rares et que les données probantes sur les thérapies du traumatisme dans ce groupe sont limitées (Stough et al., 2017).
Messages à retenir
- Considérez le handicap comme un facteur de risque en cas de catastrophe, car l'OMS montre que ces personnes sont davantage touchées, de manière directe et indirecte (OMS, Disability).
- Identifiez avant l'événement les personnes en situation de handicap et l'aide qu'elles utilisent, et reportez cette information dans le registre des personnes déplacées (OMS, Guidance Note, 2013).
- Envoyez les alertes par plus d'un canal et dans un format accessible (Matsuo et al., 2025).
- Au triage, évaluez l'état clinique actuel et demandez comment la personne se déplaçait et communiquait auparavant (OMS, Guidance Note, 2013).
- Préparez des abris avec un itinéraire et des sanitaires accessibles, des dispositifs d'assistance et un espace plus calme (Nguyen-Trung et al., 2025).
- Suivez la récupération pendant des mois, car l'accès aux soins de santé et au logement reste compromis plus longtemps chez les personnes en situation de handicap (Del Prete et al., 2025).
Références
- World Health Organization. Disability. Aide-mémoire, 7 mars 2023. [Texte intégral](https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/disability-and-health).
- World Health Organization. Guidance Note on Disability and Emergency Risk Management for Health. Genève : WHO ; 2013. [Texte intégral](https://www.who.int/publications/i/item/guidance-note-on-disability-and-emergency-risk-management-for-health).
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- Peek L, Stough LM. Children with disabilities in the context of disaster: a social vulnerability perspective. Child Dev. 2010;81(4):1260-70. [PMID 20636694](https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/20636694/). DOI 10.1111/j.1467-8624.2010.01466.x.
- Nguyen-Trung K, et al. Vulnerabilities of people with different types of disabilities in disasters: a rapid evidence review and qualitative research. Disasters. 2025;49(3):e12686. [PMID 40353289](https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/40353289/). DOI 10.1111/disa.12686.
- Matsuo Y, Kietzman K, Hays RD, Song Y. Evacuation and transportation barriers among vulnerable populations in natural hazard-related disasters: a scoping review. Int J Environ Res Public Health. 2025;22(11):1680. [PMID 41302625](https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41302625/). DOI 10.3390/ijerph22111680.
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